Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

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Astrologie : Lettre ouverte aux sites d’information
Slate, NouvelObs, Le Monde, le Figaro 20 minutes, Yahoo actualités,
l’Est républicain
, Midi libre, Sud Ouest, L’Express, Gizmodo

 

Pour en finir avec la précession des équinoxes
opposée à l’astrologie

 

De nombreux sites internet, dont Slate.fr, ont publié un article dont le contenu est voisin de Horoscope : votre signe astrologique est faux paru le jeudi 13 janvier 2011, lequel traite d’histoire de l’astrologie et circule abondamment sur internet. En tant que titulaire d'un Master en histoire et philosophie des sciences (Sorbonne, 2006), et auteur d'un site internet consacré à la critique de l'astrologie, j'aimerais suggérer aux médias de commencer un jour à s’interroger sur les limites de compétence des astronomes en matière d’histoire des sciences (ici l’histoire de l’astronomie). Ils ne sont pas formés à cela, il y a d'autres professionnels pour cela.

 

Depuis au moins 2.000 ans il existe deux systèmes astrologiques, l’un fondé sur les constellations et l’autre fondé sur les signes astrologiques. Or l’astrologie occidentale que nous connaissons tous s’est fondée sciemment sur le rejet des constellations il y a maintenant près de 2.000 ans. Ceci est rappelé dans tous les livres d’astrologie et même dans la plupart des livres sceptiques, c’est un comble de présenter la chose comme une découverte ! Il est inadmissible qu'avec l'astrologie les journalistes s’autorisent à être victimes de l'argument d'autorité d’astronomes traitant visiblement le sujet de très loin ! Non tous les astronomes n'ont pas autorité en histoire, et ce n’est pas parce qu’un nouvel astronome ou un journaliste découvrent ce vieux débat qu’il faut présenter la chose comme une découverte. Tous les historiens sont formés à ne pas projeter sur le passé des préoccupations contemporaines, ou le contraire, dérive qui est présente tout au long de votre article. Beaucoup croient encore que l’astrologie positionne ses planètes devant les constellations ou « devant les étoiles », mais cela fait 2.000 ans que ce n’est plus le cas… quand une véritable information sur le sujet va-t-elle enfin être relayée dans les médias ?

 

Même des astrophysiciens français ont dénoncé l'argument sur la précession des équinoxes comme étant erroné et contredit par les astrologues comme je le rappelle ici dans ma réponse à l'AFIS à propos de sa critique traditionnelle de l'astrologie : "Science et Pseudo Science N°287 : le chant du cygne de la critique traditionnelle de l'astrologie ?"

Puisque vous devez viser à une information juste et référencée, cette dernière référence des astrophysiciens Kunth et Zarka qui critiquent durement l'astrologie tout en s'opposant à l'argument devrait figurer dans votre biblio1 LA BONNE QUESTION DEVRAIT ETRE : POURQUOI LA CRITIQUE NE TIENT-ELLE PAS COMPTE DE L'AVIS CONTRAIRE DE CES DEUX ASTROPHYSICIENS qui contrairement à bien d’autres sceptiques ont approfondi la question ? ou mieux : pourquoi la critique ne pose-t-elle pas la question des désaccords de la critique sur ce point ? Si leurs arguments sont discutables, pourquoi ne sont-ils pas discutés ???

 

Ainsi non, il n’est pas admis que « les babyloniens ont fondé les signes du zodiaque sur la constellation dans laquelle le soleil est le jour où une personne naît. Le découpage en 12 parties égales de l’écliptique a eu lieu vers 800 av. JC pour des raisons uniquement calendaires, pas pour des raisons astrologiques (Les dossiers d’archéologie N°191, mars 1994, encore référence en la matière). Vous imaginez que cela amène à des problématiques bien plus complexes. De plus, les devins mésopotamiens plaçaient alors les planètes dans 3 « voies » qui ne laissent pas apparaître le zodiaque (tablettes MUL/APIN, ~1200 av.JC).

Il est absurde aussi d’écrire que « L’astrologie est principalement fondée sur l’observation des cieux » : tous les astres ne sont pas levés que la nuit ! Et puis tous les critiques s’accordent parallèlement pour reprocher à l’astrologie de ne plus observer le ciel, de ne plus faire d’astronomie : il faudrait savoir ! Le système astrologique permet de calculer les positions des astres sans avoir recours à l’observation directe…

Il est enfin faux d’écrire que les Babyloniens avaient 13 constellations alors que la voie de la lune en contenait encore 18 vers 1.100 av. JC ! L’histoire de l’astronomie Babylonienne s’étend sur plusieurs millénaires, il est inadmissible de caricaturer l’histoire des sciences de la sorte.

 

Les travaux universitaires des historiens de l'Antiquité (pas toujours connus même du monde astrologique) contredisent cette approche naïve, comme je l'ai rappelé ici "Faut-il rénover la critique de l'astrologie ? "

-          L’astrologie que nous connaissons est récente, elle est postérieure et différente de la divination astrale mésopotamienne qui l’a précédée et n’a découvert que très tard, vers 500 av. JC, que l’on pouvait prévoir le mouvement des planètes (pas de prévision possible auparavant !).

-          Grosso modo, la divination astrale Mésopotamienne est arithmétique et fondée sur l’observation des cieux, alors que l’astrologie Grecque est géométrique et fondée sur du calcul théorique évitant de regarder les cieux et permettant de localiser les astres invisibles à l’œil nu. D’où l’erreur des astronomes de l’article que vous citez.

-          Ainsi, mis à part les signes astrologiques, les composantes du système astrologique sont RECENTES et apparues pour la plupart APRES la découverte de la précession des équinoxes vers 150 av. JC. L’astrologie que nous connaissons aujourd’hui n’est donc pas passée des constellations aux signes astrologiques ! elle s’est formée lentement, et postérieurement à cette date. Nous dénonçons cet anachronisme, cette relecture naïve de l’Histoire, même en provenance des astronomes ou des journalistes !

-          C’est un astrologue-astronome, Ptolémée, qui 300 ans plus tard, a codifié l’astrologie des signes vers 150 ap. JC, les astrologues n’oublient donc pas la question de la précession. C’est au contraire celle-ci qui a mené alors, à une mutation de plusieurs siècles. Accuser les astrologues d'oublier la précession c'est une insulte à l'histoire de l'astronomie, et à la connaissance universitaire qui n'a fait que le rappeler depuis longtemps.

-          Il existe donc DEUX zodiaques, celui des constellations et celui des signes astrologiques. Ce dernier a été adopté sciemment après au moins 600 ans de coexistence et d’adaptation2, pour régler le problème de la précession et pour ne pas subir la dérive des saisons. Il y a donc 2.000 ans que les astrologues occidentaux ont préféré le symbolisme saisonnier au symbolisme astronomique, ce qui mène à d’autres critiques comme je l’ai fait sur cette page consacrée à la question des limites des fondements traditionnels de l’astrologie. Ayez au moins l’obligeance de relayer des critiques pertinentes…

-          Pourquoi l’astrologie devrait-elle revenir aux constellations alors que les contradictions qui en découlent sont connues depuis longtemps ? Le problème est posé à l’envers par CERTAINS sceptiques, à eux d’expliquer la pertinence d’un tel retour aux constellations alors qu’elles sont, autant que les signes astrologiques, des objets théoriques… il n’est donc pas contradictoire d’avoir le Soleil à la fois DANS le signe des Poissons et DANS la constellation du Verseau car les deux zodiaques ne sont que des moyens de repérage des astres comme il en existe des dizaines d’autres. Les astres ne sont en fait ni « dans » les signes ni « dans » les constellations, ils sont repérés soit par rapport aux étoiles (référentiel héliocentrique) soit par rapport aux signes astrologiques (référentiel géocentrique libéré de la précession des équinoxes).

 

Mais pour aller un peu plus loin, ne faudrait-il pas s’interroger aussi sur les raisons plus pragmatiques pour lesquelles la critique refuse d’abandonner l’argument de précession ? Cet argument, bien qu’erroné puisque l’astrologie que nous connaissons a grandi dans le zodiaque des signes et pas celui des constellations, est facile à expliquer aux non initiés ainsi qu’aux journalistes. Et puis combien croient encore que les astrologues utilisent les constellations ? Ce serait bien dommage de ne pas pouvoir emporter si facilement la conviction…

 

De plus, aucun média ne donne la parole à un astrologue compétent sur l’histoire de l’astrologie. Dans toute autre discipline le journaliste irait chercher de tels ouvrages, mais l’astrologie n’a pas cet honneur. On se contentera de contacter le premier horoscopeur médiatique qui vient à l’esprit, en omettant juste le fait qu’il n’est pas recruté par les médias pour ses compétences astrologiques, ou mieux, en histoire de l’astronomie, lesquelles sont non mesurables. Il est donc triste que le prisme médiatique de l’astrologie soit nourri par ce genre de dérive déontologique.

 

Aurez-vous l’honnêteté, mais surtout le courage de publier ce véritable droit de réponse lancé par la Fédération Des Astrologues Francophones et si politiquement incorrect vis-à-vis des bêtises astrologiques publiées habituellement ? Nous l’espérons sincèrement, car vous ne mesurez vraiment pas l'impact négatif de ce genre de texte alors qu'aucun astrologue compétent n'a accès aux médias traditionnels.

 

En espérant une réaction de votre part,

 

Serge Bret-Morel

Master en histoire et Philosophie des Sciences

le 14 janvier 2011

 

1. Kunth et Zarka, Que sais-je ? L'astrologie, Presses universitaires de France, 2005, p73

2. Revue universitaire Sciences et Techniques en perspective, 2ème série, vol. 6, 2002

 

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