Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Lectures et commentaires

 

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Commentaires sur le texte de Didier Lustig

« Réponses aux critiques contre l’astrologie »

 

  1. « L’astrologie c’est la même chose que les cartes et la voyance »

Pour Didier Lustig, l’astrologie n’est pas de la voyance parce qu’elle s’apprendrait de manière spécifique, mais je crois que tout voyant dira qu’il a « appris » à maîtriser le don qu’il revendique. Il peut aussi s’initier à l’astrologie, ce qui brouille les cartes. Toutefois, on peut rejoindre Didier Lustig quand il sous-entend que l’outil astrologique utilisé comme support de voyance ne suffit pas pour faire de l’interprétation astrologique, effectivement, un acte de voyance. Dans l’autre sens, le voyant « apprend » à tirer les cartes et à interpréter et organiser les symboles qu’elles véhiculent, ce pourquoi d’ailleurs quelques cartomanciens tirent les cartes sans réclamer non plus de don de voyance… et les sceptiques comparent les cartes astrologiques à des tirages au sort (ce que nous ferons aussi pour modéliser la pratique…). En cela, un acte de pensée créative n’est pas nécessairement un acte de voyance, mais en retour la pratique de l’astrologie en tant qu’activité d’interprétation symbolique n’est pas différente de la pratique divinatoire. Chacune possède ses codifications techniques (la numérologie revendique aussi un support mathématique…), ses initiations, ses symboles et leurs interprétations. Les différences doivent donc être cherchées ailleurs que dans l’activité proprement dite, par exemple du côté des principes philosophiques ou des croyances du praticien (qu’il considère que tout événement est écrit à l’avance, que seulement certaines le sont, ou qu’aucun ne l’est, l’individu construisant pleinement son vécu : nous avons là plusieurs stades de la croyance, au moins pour l’astrologie). Du fait que le parcours intellectuel influe sur ces valeurs de référence, on comprendra pourquoi dans la categorie Astrologie > le milieu astrologique, on regrettera l’absence d’organisation de la profession d’astrologue tant dans l’enseignement que dans la déontologie.

Mais nous pouvons aussi aller chercher du côté de « l’information » à interpréter dans l’esprit même du praticien pour distinguer l’astrologie de la voyance : l’acte de voyance (qu’il soit consacré comme vrai ou non) ne pourrait-il pas être distingué justement de l’interprétation astrologique en tant qu’intuition ou perception qui s’imposerait d’elle-même à l’interprète ? Expliquons-nous : si je ne me trompe pas, le voyant explique qu’il ne fait que transcrire des « sensations », des « perceptions », des « informations » qui lui arrivent d’on ne sait où (peut-être tout simplement de son imagination par exemple…). En quelque sorte, ces contenus qu’il a le sentiment de « recevoir », s’imposent à lui et il les exprime. Après, qu’il pense que c’est en se « branchant » sur le client, Dieu, les anges, les morts, etc, c’est son choix, mais il me semble qu’il y a là une grande différence avec l’astrologie : l’astrologue ne décrit pas des « informations » qui s’imposeraient à lui pendant la consultation. Il revendique l’usage de son intuition pour manier les symboles astrologiques, pour construire une interprétation astrologique (on y reviendra longuement dans la catégorie Astrologica pour en définir les limites). Mais il ne manie pas le symboles différemment d’un artiste ou d’un poète qui tente de « symboliser » le réel (le représenter en fait) par le biais d’un support, ici un langage imagé à sa disposition. Il ne trouve ses symboles astrologiques que dans ses cartes (ce en quoi il a le sentiment de ne pas produire de l’information). On distinguera clairement entre un discours de pur astrologue et de voyant astrologue par le fait que le discours de l’astrologue est jalonné de jargon technique ET donc surtout, ne renvoie pas à des informations dont lui seul disposerait, quand le voyant à la rigueur, n’a même pas à justifier l’origine de son information.

 

C’est pourquoi la connaissance du complexe outil technique est fondamentale en astrologie, et prend si longtemps pour être maîtrisée. L’astrologue est d’abord un technicien de l’astrologie (d’où l’intérêt de notre démarche de critique technique de l’astrologie). Mais si l’on voit là traditionnellement la défense d’une astrologie en tant que science, c’est se tromper de débat. La Technique n’est pas la Science (surtout lorsque l’on n’a pas de formation scientifique pour garantir l’usage « scientifique » de l’outil technique…), et la justification analogique (celle par les symboles) n’a rien de scientifique elle non plus. Un art ne saurait être assimilé à une science, surtout de nos jours (on y reviendra plus loin dans la réponse de Didier Lustig), et si l’astrologie est à la fois un art, une science et une sagesse comme ce sera dit dans le point 3, alors il faudrait commencer par définir quelle partie correspond à quoi et donc, en quoi l’art et la sagesse astrologique ne vont pas CONTRE la « science » astrologique. Que les configurations célestes soient « réelles » certes, en termes d’angles géocentriques, mais les cartes de tarot elles aussi sont réelles… comme l’a déjà remarqué la critique sceptique, ce sont d’abord les interprétations que l’on tire des positions célestes qui sont mises en doute, pas nécessairement leur support.

 

  1. « L’astrologie, ce sont les horoscopes des journaux »

Didier Lustig continue en dénonçant l’astrologie des journaux. On ne peut que le rejoindre sur ce point, même si nous produirons une critique bien plus longue dans la catégorie Mediatica. L’astrologue qui accepte de donner des « tendances » en 2 lignes ou 15 secondes aux lecteurs ou auditeurs de son horoscope quotidien, doit bien admettre aussi qu’une (grande ?) partie de ses auditeurs ne seront pas concernés par les conseils qu’il donne. Sur le plan technique il sera par exemple le premier à expliquer l’échec de son horoscope par une configuration individuelle dont il ne pouvait tenir compte dans sa caricature quotidienne, c’est pourquoi même si l’horoscope n’est qu’un effet placebo, il n’est pas forcément positif seulement parce qu’il donne de conseils pleins de bonnes intentions. Combien de personnes sont induites en erreur par leur horoscope ??? Les dégâts collatéraux des horoscopes quotidiens devraient être un poids déontologiquement insupportable pour l’astrologue comme pour le rédacteur en chef qui laisse publier ces textes ! Comme souvent, ce qui devrait empêcher l’existence même de cette pratique (les mauvais conseils dus au nombre et à la complexité des configurations astrologiques dont ne peut pas tenir compte l’astrologue pour chaque individu), est réduit à la réponse à la critique …

 

  1. « L’astrologie n’est pas une science »

Nous ne pouvons pas rejoindre Didier Lustig sur le caractère « scientifique » de l’astrologie… Le fait qu’elle a été enseignée dans les universités européennes jusqu’au milieu du 18ème siècle constitue justement une bonne raison pour lui ôter aujourd’hui ce statut : c’est à cette époque que « la Science » a véritablement pris sont essor sur la critique des « sciences » traditionnelles… autrement dit, l’astrologie n’est pas une science parce qu’aujourd’hui la Science n’est plus ce qu’elle fut si loin dans le temps. Sinon il faut parler aussi de science du carrelage, de la boulangerie, et de tout ce qui relève des savoir-faire. De plus, si les astrologues savants de ces époques préscientifiques avaient le même bagage intellectuel que les savants qui n’y croyaient pas, ce  n’est plus le cas aujourd’hui. Il y a longtemps que la plupart des astrologues maîtrisent plus la symbolique astrologique que la mathématique astronomique…

Au passage on fera remarquer que ce n’est pas Galilée qui découvrit que la Terre tournait autour du soleil. Comme ses prédécesseurs Copernic, Kepler ou Bruno, il ne put jamais prouver cette hypothèse, seulement argumenter de façon convaincante en sa faveur…

L’astrologie est-elle la science du ciel tel que les hommes le voient ? Pas si sûr… l’astrologie dite conditionaliste a fait remarquer que sans tenir compte des latitudes écliptiques des planètes, l’astrologue interprète parfois comme levées des planètes qui sont encore sous l’horizon, et réciproquement. De plus, comme le ferait remarquer un Halbronn, on n’a jamais « vu » les planètes trans-saturniennes à l’œil nu, et plus de la moitié de chaque carte astrologique est inaccessible à l’œil nu (tout dépend du relief et de l’altitude du lieu d’observation). En fait l’astrologie est plutôt la science du ciel tel que l’astrologue (pas « les » astrologues) l’imagine : il y a longtemps que les astrologues ne regardent plus le ciel autrement que pour le plaisir.

Ensuite, les trois caractères supposés exact, empirique et conjectural de l’astrologie comme science, sont très révélateurs de l’image de la Science dans la communauté astrologique, notamment en ce qui concerne la notion d’erreur. Ce n’est que la partie conjecturale, donc prévisionnelle qui serait susceptible d’erreur ? Non justement, et c’est là l’objet de notre site : « l’observation astrologique » elle-même n’étant pas vraiment codifiée (aucun des biais sceptiques définis par les zététiques n’est enseigné aux astrologues…) il n’existe pas de définition du « fait astrologique », l’outil astrologique et l’astrologue ne sont pas conçus comme potentiellement déformants de la réalité, etc. L’expérience et la tradition astrologiques sont éminemment discutables pour raison justement de complexité technique (dépassant de loin les capacités d’un cerveau humain et même d’une tradition humaine). De plus, l’interprétation astrologique elle-même peut se tromper comme on le remarque si souvent… pourquoi l’astrologue serait-il seul responsable des erreurs sinon seulement par postulat ? En fait, il est intéressant de voir dans l’argumentation de ce point N°3 que la convergence des facteurs astrologiques permettrait seule, de prévoir astrologiquement. Nous en avons débattu dans la Lettre des Astrologues N°50 (été 2008, bulletin de la Fédération Des Astrologues Francophones), et je lui faisais remarquer qu’avant de parler de « convergence de facteurs » lorsque l’on peut en trouver un grand nombre allant dans le sens d’une interprétation, encore faudrait-il s’assurer de la rareté des dites convergences. Autrement dit, que parmi les myriades de classements astrologiques il n’y a pas « des convergences de facteurs » tous les jours ou presque… je n’ai pas eu de réponse.

 

  1. « Croire à l’astrologie, ce n’est pas cartésien »

Dans le point suivant, la croyance en l’astrologie ne serait pas un acte de foi, pourtant la croyance dans les fondements de l’astrologie relève bien d’un acte de croyance, voire de foi… puisque les fondements de l’astrologie ne sont pas indissociablement liés à sa pratique. Par contre « croire » en l’efficacité de la pratique de l’astrologie (dans le cadre de l’utile, pas du vrai), ne relève pas effectivement d’un acte de foi, mais simplement du pragmatisme. Il suffit de monter la carte de naissance d’une personne et d’en discuter avec elle pour constater en quoi il est possible de la remettre en question, de la faire s’interroger sur elle-même par le biais de l’astrologie. De là à dire que cela valide l’astrologie, non. Car problème : « l’observation » des charlataneries et autres déviances (parfois graves) de la pratique de l’astrologie relève du même bon sens que celle de ses réussites… ce en quoi la pratique de l’astrologie ne suffit pas pour valider ses fondements théoriques (ou plutôt métaphysiques).

Quant à la question de l’analogie qui dépasserait par définition les voies de la raison, c’est là un choix plus qu’une conclusion rationnelle : l’analogie permet PLUS que la raison certes, mais aussi le faux… en cela elle ne la dépasse pas forcément en dignité, bien au contraire.

Et pour les statistiques, les sciences sociales sont habituées à mesurer des faits qui a priori paraîtraient non quantifiables.

 

  1. « Les signes du zodiaque ont bougé depuis 2.000 ans et ne correspondent plus à la réalité astronomique actuelle : un « Taureau » n’est donc plus un « Taureau » mais un « Bélier »

On rejoindra Didier Lustig sur la distinction entre signes et constellations (même si le zodiaque considéré comme « espace de ciel » amène à de nouvelles contradictions quant à la nature et la localisation du zodiaque tropique…). Mais on ajoutera que si l’astrologie est née dans les constellations bien avant la découverte d’Hipparque, alors le symbolisme astrologique ne peut pas être saisonnier… ce qui remet en question toute la symbolique de l’astrologie ! En effet, si un Taureau reste un Taureau qu’il soit né aujourd’hui ou sous Jules César puisque né pendant la même saison, il n’était pas forcément Taureau pour une naissance 1.000 ou 2.000 ans plus tôt à cause du décalage du à la précession, lequel n’a pas commencé il y a 2.000 ans, comme on a parfois l’impression de le voir sous-entendu dans les diverses argumentations. Sans parler de la question de l’origine du zodiaque des signes qui avant Ptolémée n’avait rien d’évident… pour plus de détail aussi sur la différence entre « signe », « constellation » et « type » astrologiques, on pourra consulter dans la catégorie Bibliotheca l’article Précession des équinoxes, comment répondre à l’argument ?

 

  1. « Pourquoi les jumeaux ont-ils des personnalités et des vies différentes alors qu’ils sont nés pratiquement au même moment ? »

Je passe pour l’instant à propos des jumeaux… puisque la symbolique astrologique est plastique, il y a d’innombrables personnalités et « destinées » possibles pour une même carte astrologique… il est donc aisé de dépasser la contradiction à propos de jumeaux, de triplés, etc. Ce qui peut donner lieu à l’explication que propose Didier Lustig : si des jumeaux développent des différences qui ne sortent pas d’un même symbolisme astrologique, y a-t-il vraiment contradiction ??? Dans l’autre sens, si un natif a une multitude de destinées possibles, l’astrologue peut-il vraiment espérer les anticiper ?

Mais nous sommes là sur le plan rhétorique, car ces questions se posent plutôt dans le cadre d’une astrologie ramenée à un déterminisme parmi d’autres, ce que n’est pas prêt à faire vraiment l’astrologue traditionnel (il faudrait remettre en question la qualité de l’outil d’interprétation, celle de l’interprète (formation intellectuelle notamment) et bien sûr celle des fondements)…

En fait l’argument des jumeaux est d’abord destiné à remettre en question la prédestination astrologique, pas « l’astrologie » ; c’est effectivement un point clé des débats astrologiques en général puisqu’il a des répercussions sur la notion de prévision, et permet de discriminer entre « ce que prévoit l’astrologie » et « ce que l’astrologue fait prévoir à l’astrologie », ce qui est un tout autre problème... celui des limites de l’astrologie ! L’astrologue doit-il considérer que les astres renseignent sur des événements déjà écrits ou même qui les provoquent ? Ou bien qu’ils ne renseignent que sur la façon dont l’individu les vit (ce qui empêche par définition bien des prévisions, donc relègue tout un pan de la tradition astrologique au rang de folklore historique ou de pure divination) ?

 

  1. « Les planètes du système solaire ne peuvent pas avoir d’influence sur la Terre en raison de leur éloignement et de leur effet gravitationnel négligeable »

La réponse de Didier Lustig à l’accusation de contradiction causale n’est pas marginale : les astrologues ne vivant pas dans la causalité (l’astrologie de la preuve n’est pas l’astrologie de la consultation, voir Faut-il rénover la critique de l’astrologie ?), celle-ci ne leur est en général pas nécessaire pour la pratique de leur art. Et les contradictions logiques et physiques sont si nombreuses…

 

  1. « Pluton a été récemment exclu du rang des planètes. Pourquoi les astrologues continuent-ils à l’utiliser ? »

Enfin, à la question du déclassement de Pluton on pourra consulter le long dossier consacré à ce sujet dans la catégorie Bibliotheca. Pourquoi les astrologues n’ont-ils pas déclassé Pluton ? D’abord parce qu’ils n’utilisent pas que des planètes, retirer à Pluton le rang de planète majeure ne change donc rien pour une astrologie dont le paramètre principal est le déplacement apparent sur la voûte céleste. Et puis, cela remettrait en question ni plus ni moins que toutes les assises de la tradition astrologique ! En effet, pour construire le symbolisme astrologique de Pluton il a fallu recourir à tous les outils astrologiques possibles et imaginables, et engager des tas « d’observations confirmant la pertinence de ce symbolisme ». Le rejeter aujourd’hui ce serait, comme l’a bien compris la critique sceptique, tout remettre en question. Toutefois, comme je l’argumente dans ce dossier, il reste que le symbolisme de Pluton s’est construit en grande partie sur l’idée que cette ex-planète était la dernière du système solaire… En cela il est moins évident de justifier la conservation du symbolisme lié à l’au-delà, à la frontière avec l’infini, au dieu des enfers, etc. De plus, le symbolisme de Pluton, associé au signe du Scorpion, a influencé en retour le symbolisme du signe astrologique, autre dégât collatéral. Pourtant, il y a fort à parier que le retour en arrière n’est pas possible. Comme justification au succès de Pluton j’ai plutôt suggéré sur le plan purement technique 1) la fécondité d’un symbolisme renvoyant vers la violence de la remise en question dans le cadre d’une relation d’aide et 2) des paramètres techniques permettant de créer des périodes d’interprétation (périodes de transit) de plusieurs années bien pratiques pour mettre en relief divers types de remises en question que chacun d’entre nous est amené à traverser. Une sorte de filet de pêche aux événements violents bien pratique dans un monde en mouvement comme le nôtre. Finalement, autant symboliquement que techniquement le symbolisme astrologique de Pluton est taillé pour réussir, qu’il soit vrai ou faux !

 

 

Serge BRET-MOREL

17 décembre 2008

 

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