Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Rationalis

 

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Un DOGMATISME des SYMBOLES ASTROLOGIQUES ?

 

Sommaire :

Un symbolisme millénaire mais non figé

12 symboles indépendants de l’astrologie ?

Une stabilité étonnante du symbolisme astrologique ?

Une sélection naturelle des descriptions de traits de caractère ?

L’importance de la compétence du sélectionneur en matière d’étude du réel

Un dogmatisme des symboles astrologiques

Un surinvestissement de la part de l’astrologue ?

Les symbolismes des planètes et des aspects concernés eux aussi

Analogie et surproduction symbolique

Pour une recherche scientifique, encore une fois…

 

[Rappel : j’ai écris ce texte à l’été 2004, au commencement de ma démarche autocritique de l’astrologie, et avant mon passage à la Sorbonne en 2ème année de Master en Histoire et Philosophie des sciences. Ce texte doit donc être pris comme celui d’un astrologue amateur visant à fonder causalement une astrologie dont il avait la conviction (j’insiste sur ce terme qui n’est pas synonyme de croyance) qu’elle ne pouvait pas marcher aussi bien sur certains plans sans qu’il y ait quelque chose de vrai quelque part. Ce n’est plus aujourd’hui ma position, l’astrologie comme simple savoir-faire permettant de satisfaire tant l’astrologue que le consultant sans que le moindre fondement scientifique ne soit nécessaire. L’utile ne dépend pas nécessairement du vrai et du faux… J’ai voulu mettre ce texte en ligne pour deux raisons. La première parce qu’il est toujours d’actualité pour l’astrologue qui souhaiterait interroger la tradition astrologique de façon plus pointue. La seconde pour montrer qu’il est possible de développer quelques questionnements à vocation épistémologique du point de vue du croyant, le sceptique ou le rationaliste n’étant pas les seuls à pouvoir le faire. La différence ? Cette approche-là est susceptible de toucher la communauté astrologique de façon bien plus efficace que ce que fait la critique traditionnelle. En cela il me semble qu’il faudrait encourager ce genre de travail. Bien sûr, la question du dogmatisme des symboles astrologiques n’est qu’une parmi tant d’autres qu’une approche causale de l’astrologie amène. Et cela dépasse de loin la seule approche scientifique…]

 

Un symbolisme millénaire mais non figé

L’astrologie utilise aujourd’hui un symbolisme vieux de plusieurs millénaires, les sceptiques se font un plaisir de nous le rappeler régulièrement… Mais que peut-on déduire plus sérieusement de cet état de fait autrement que la nième preuve d’un vide de l’astrologie ? Si nous acceptons l’idée que l’astrologie est une des voies possibles dans la connaissance de la réalité, elle doit donc comme tous les autres champs du savoir, être soumise à certaines contraintes du réel. En effet, que l’astrologie soit purement symbolique ou causale peu importe, si elle correspond à une certaine « réalité » (dont la nature importe peu ici), c’est que l’astrologue, en pratiquant l’astrologie, ne travaille pas sur un contenu vide qu’il remplit selon ses préjugés et ses croyances.

Si l’astrologie existe bien, il est évident qu’elle doit avoir un minimum de cohérence, donc certaines limites qui permettent par exemple à l’astrologue de ne pas pouvoir attribuer le symbolisme du Lion au signe des Poissons ! Cette remarque peut paraître anodine, mais elle impose que l’astrologue et « l’astrologie » (c’est à dire le « modèle astrologique », ou comme il n’est pas clairement établi : les représentations de l’astrologie par chaque astrologue), doivent se heurter tous les jours à la réalité de l’astrologie. Cette confrontation quotidienne constitue ce que l’on appelle « l’expérience » de l’astrologue, ce qu’il a acquis au fil de sa pratique.

Cela impose donc que la pratique de l’astrologie soit soumise à une nécessaire contrainte de la part du réel qui, puisque nous ne connaissons pas clairement les principes de l’astrologie, doit influer sur nos interprétations en nous montrant tantôt en quoi nous pouvons penser telle chose et en quoi manifestement telle autre ne fonctionne pas. Or, ceci étendu à toute l’histoire de l’astrologie, implique que le symbolisme astrologique, comme toute connaissance du réel, évolue au fil du temps en s’adaptant de mieux en mieux au phénomène astrologique au contact des nouvelles connaissances et des cultures que l’astrologie a traversées siècle après siècle.

 

12 symboles indépendants de l’astrologie ?

Si nous revenons aux origines de l’astrologie, comment sont nés les 12 symboles que nous conférons à l’étude des signes ? Ceux-ci remontent à l’origine de la civilisation mésopotamienne. J’ai lu plusieurs fois qu’une ancienne civilisation aurait « probablement » développé la connaissance de ces symboles, qu’elle l’aurait transmise à la Mésopotamie, laquelle en aurait fait ce que nous en connaissons. Le problème est que les choses ne peuvent pas être aussi simples… En effet, si l’on considère la pratique astrologique d’il y a 3000 ou 4000 ans en arrière, nous voyons que nous avons là une véritable astrolâtrie, tant sur le plan météorologique « Si un halo sombre entoure la lune, le mois sera pluvieux ou nuageux », que divinatoire « Si Mercure se tient au nord, il y aura des cadavres »1, qui n’a plus beaucoup de rapport avec l’astrologie que nous pratiquons aujourd’hui. Ainsi, l’astrologie généthliaque semble apparue très tardivement : le zodiaque des signes apparaît vers la moitié du premier millénaire avant JC seulement, auparavant on utilise encore les constellations pour repérer le trajet des astres, et ce nouveau zodiaque suit l’apparition du calendrier des 12 mois de 30 jours2. Je pense pour ces raisons que le choix des symboles que nous utilisons aujourd’hui pour interpréter nos 12 signes astrologiques a une origine absolument indépendante de la pratique de l’astrologie de naissance. En somme, nous utilisons aujourd’hui un symbolisme qui n’a pas été choisi à son origine en vue de ce que l’on en a fait par la suite.

 

Une stabilité étonnante du symbolisme astrologique ?

Mais notre symbolisme astrologique est sensé être celui déjà en cours au temps de Ptolémée (il y a presque 2000 ans), cette stabilité ne devrait-elle pas nous inciter à penser qu’elle est la preuve d’une validité du symbolisme astrologique et qu’il correspond bien à quelque chose de concret ? Nous ne pensons pas pour notre part pouvoir en tirer une telle conclusion. En effet, le symbolisme astrologique a la particularité de se référer aux saisons européennes, et c’est la raison pour laquelle il a été préféré naguère au zodiaque des constellations. Or, par ce changement de zodiaque, le système astrologique s’est assuré une stabilité sur le plan du calendrier, donc sur celui des saisons. Nous voyons ainsi que mécaniquement parlant les astrologues d’aujourd’hui peuvent se référer aux mêmes saisons que ceux d’il y a deux mille ans. Cette seule permanence de calendrier suffit (à notre avis toujours), pour expliquer une certaine stabilité du symbolisme astrologique. Le problème de son efficacité est un autre problème : retenons seulement que nous ne voyons pas dans la stabilité du symbolisme astrologique une preuve nette de sa validité.

Car il s’en est depuis, pour le moins émancipé : les applications que l’on en fait aujourd’hui et les nombreux ajouts (nouvelles planètes, nouveaux aspects, nouvelles techniques, comparaisons avec la psychanalyse, expérimentations statistiques, nombreux courants, etc) font que l’on s’en éloigne aussi très régulièrement. Nous pensons donc qu’il ne faut pas que cette référence possible à Ptolémée devienne, ou reste, une sorte d’argument en faveur d’une pseudo stabilité de l’astrologie découlant d’une validité déjà établie « par les Anciens ». La référence à Ptolémée est alors une forme d’argument d’autorité déguisé inacceptable au temps de la Science et de la raison. Car il reste que les 12 symboles traditionnels (puisque d’abord associés à des constellations) sont nés avant nos signes : il nous semble donc possible d’envisager qu’il puisse y avoir à la fois et sans contradiction, indépendance entre origine des symboles des signes du zodiaque et traits de personnalité que l’on attribue à des personnes aujourd’hui à travers eux, et aussi stabilité du symbolisme astrologique.

 

Une sélection naturelle des descriptions de traits de caractère ?

Doit-on pourtant en conclure que l’astrologie s’est laissée tromper par des symboles nés au hasard de l’Histoire ? Pour un sceptique c’est évident. Si l’astrologie est purement symbolique quelque chose ou quelqu’un a du présider au choix des bons symboles (idée que nous ne soutenons pas), ou alors n’importe quel symbole peut faire l’affaire (ce qui nous paraît encore bien pire !). Cela ne l’est plus forcément par contre, si l’astrologie correspond à une certaine réalité, c’est à dire à un phénomène réel, même mis à jour par hasard et incomplètement.

Si efficace astrologique sur la personnalité des individu il y a réellement (en rapport avec la position des planètes près de l’écliptique donc dans le zodiaque quelles que soient ses origines et ses délimitations), alors il doit y avoir comme pour tout modèle qui se confronte à la réalité, une sorte d’interactivité entre les effets observés par les astrologues chez les êtres humains et les 12 symboles de l’astrologie fixés depuis longtemps. Les figures quelque part figées au départ doivent s’enrichir au fil du temps des observations des astrologues, lesquelles sont en même temps limitées en théorie par ces 12 symboles. N’est-il pas inévitable que sous l’effet de cette véritable contrainte de la réalité de l’astrologie sur les interprétations des astrologues (pour qu’ils ne puissent pas dire n’importe quoi non plus) ce sont en fait les symboles aléatoires des 12 signes du zodiaque qui se sont adaptés à la description des individus (puisqu’ils n’ont pas été créés à cette intention) ?

Afin de sauver un minimum de valeur de « l’empirisme astrologique » qui suppose une réalité à l’astrologie, il nous semble en effet plus plausible, vue l’indépendance de nature entre symboles et traits de personnalité que nous venons de défendre, d’envisager non pas que les symboles des signes ont permis de décrire très tôt les personnalités des individus (ce qui serait trop aléatoire pour être vraiment cohérent), mais plutôt le contraire. Au fil des vies d’astrologues, l’étude des individus dont ils faisaient le thème de naissance, leur ont permis de développer progressivement et de façon interactive « un symbolisme à allouer au symbole ». En effet, d’où peut venir, symboliquement parlant, je ne sais pas moi, le romantisme du Cancer ou la séduction de la Balance ? Les significations accordées aux symboles dépassent aujourd’hui largement les images simples des 12 symboles des signes. Répétons-nous : l’explication du choix des symboles des constellations (attribués par la suite au signes) par les anciens après observation des individus est historiquement moins crédible que celle d’une adaptation progressive des symboles aux réalités de l’influence astrologique.

Mais nous entrons là dans le domaine de la théorie de la connaissance, et c’est introduire en fait l’idée d’une forme de sélection par les astrologues et au fil des siècles, des meilleures descriptions de traits de caractère à attribuer aux symboles de l’astrologie. C’est donc aussi pour nous le meilleur moyen de redonner une place aux millénaires de pratique astrologique, en tout cas au moins depuis que l’on utilise notre zodiaque tropique commençant au point vernal (~6ème siècle après JC selon Denis Labouré3) : il faut au minimum que les astrologues aient travaillé sur quelque chose de tangible pour ne pas avoir simplement rêvé très fort !

 

L’importance de la compétence du sélectionneur en matière d’étude du réel

Au-delà de la critique justifiée de la fragilité des fondements astrologiques, la critique du contenu du symbolisme astrologique devrait donc, me semble-t-il, être plus axée sur la critique de la qualité du travail du sélectionneur qu’est l’astrologue que sur les origines historiques ou le contenu même du symbolisme astrologique. Je pense que la qualité du symbolisme astrologique dépend à la fois des compétences des astrologues au cours de l’Histoire (dont la formation de chacun), et du matériau astrologique sur lequel ils travaillent. Le nombre d’astrologues et la variété des cursus et des contextes culturels sont à mon sens un atout dans le sens d’une qualité de sélection des traits de caractères associés aux signes, car leur variété ne peut que constituer un véritable filtre autorisant au final une forme de cohérence des résultats. Mais aussi nombre de failles…

La subjectivité de tous peut-elle vraiment être rattrapée par les différences de chacun ? Et dans quelles mesures ? Rien n’est moins sûr (cela ne constitue pas l’objet de cet article), mais la détermination de la nature du matériau astrologique qui est étudié, me semble être le point de départ d’un début de réponse.

 

Un dogmatisme des symboles astrologiques

Car si nous avons voulu montrer que les symboles que nous utilisons en astrologie sont d’une origine indépendante de la typologie de caractère en quoi consiste l’astrologie d’aujourd’hui (qui n’est plus l’astrolâtrie de la Mésopotamie rappelons-le), nous pensons que s’impose l’idée d’une forme de dogmatisme symbolique : les astrologues sont contraints depuis toujours d’utiliser un symbolisme qui leur a été imposé par l’Histoire, et si les millénaires de l’astrologie ont permis d’étoffer en quelque sorte ce symbolisme, nous pensons qu’il doit par définition être aussi un frein à l’énumération de la totalité des effets attribuables à l’astrologie.

Comment concevoir en effet que l’astrologue puisse s’affranchir complètement de la direction d’interprétation dans laquelle l’entraîne le symbole et son contenu construit par la tradition, elle-même soumise au même biais de départ ? Nous voyons là une bonne raison de désacraliser en quelques sortes le symbolisme astrologique, et le faire redescendre au stade de système de connaissance d’un phénomène non encore complètement compris. Et si son évolution est soumise aux mêmes contraintes que les autres systèmes de connaissance du réel, nous voyons mal comment lui attribuer un statut à part dépassant la capacité de compréhension des hommes et la possibilité d’une étude plus scientifique.

Nous pensons aussi que le fait de lier la description des signes aux saisons de l’année européenne est un autre argument en faveur de la fragilité et d’une incomplétude des effets attribués aux positions dans les signes, donc un autre argument en faveur d’un dogmatisme des symboles astrologiques. La question posée est toujours la même : comment attribuer le symbolisme de l’énergie d’éclosion du printemps à un Bélier qui naît dans l’hémisphère sud au début de l’automne s’il y a réellement importance de la saison du lieu de naissance ? Même remarque pour le Lion qui naît en plein hiver…

Que le symbolisme astrologique ait puisé dans le symbolisme des saisons de quoi assurer une certaine stabilité au fil du temps et une sélection des traits de personnalité correspondant chez les individus, nous ne le nions certainement pas. Mais nous pensons aussi qu’il faudra un jour considérer avec plus de recul le sens que nous devons donner au système astrologique car il ne nous semble apte qu’à décrire une partie de tous les effets de l’astrologie seulement. Nous n’avons pas de preuve de cette affirmation, mais l’analyse que nous venons de proposer de l’histoire de ce symbolisme nous semble imposer cette conclusion, ou bien celle du vide de l’astrologie, ce que je n’accepte pas [Rappel : nous étions en 2004, j’étais encore dans ma phase purement causaliste…].

 

Un surinvestissement de la part de l’astrologue ?

De même, de l’orientation du regard de l’astrologue par ces symboles, nous pouvons craindre dans l’autre sens, un risque d’erreur d’interprétation lié cette fois-ci à une sur-attribution imposée directement par les figures des symboles sur le contenu des conclusions des astrologues. Il est donc plausible [c’est un euphémisme…] qu’on ait pu ajouter injustement aux effets générés réellement par l’astrologie, des interprétations inspirées des symboles eux-mêmes, plus romantiques que pragmatiques. Nous voyons là encore un nouvel argument en faveur d’une approche plus méthodologique de l’astrologie : tenter de trouver des méthodes pour trier parmi des conclusions traditionnelles de l’astrologie trop sujettes à caution.

 

Les symbolismes des planètes et des aspects concernés eux aussi

Remarquons dans notre élan que ce que nous venons d’énoncer à propos du contenu symbolique des signes du zodiaque est autant applicable aux signes qu’aux planètes ou aux aspects astrologiques. Les reproches sur l’origine du symbolisme attribué aux planètes, à l’origine selon leur éclat ou la couleur de leur surface, sont tout de même toujours problématiques pour en justifier les fondements… et il nous semble que le symbolisme des aspects enfin, a été encore plus arbitrairement choisi, d’où une orientation du regard de l’astrologue encore plus manifeste par définition.

 

Analogie et surproduction symbolique

Et si l’on admet ces risques inhérents à l’utilisation d’un système fondé sur des symboles déjà arbitraires, quel effet accorder alors à un fonctionnement basé sur l’analogie ? L’analogie ne permet pas de révéler tous les effets de l’astrologie que le symbole utilisé ne peut pas décrire. De plus, l’analogie est dotée de si peu de limites dans sa production symbolique, qu’appliquée à un symbolisme déjà susceptible d’orienter le regard de l’astrologue dans la mauvaise direction, on ne peut s’étonner de tout temps, de tous les abus de l’astrologie. Car la puissance de l’analogie ne risque-t-elle pas par définition de contribuer à une surproduction de sens ? Donc à un surplus de « dogmatisme », c’est à dire obligatoirement un « trop plein » de sens ? Autant on peut comprendre l’utilisation de l’analogie comme moyen de rapprochement d’effets supposés en provenance d’une même cause inconnue, ceci dans l’optique de la découvrir (ce qui impose des limites à la cause recherchée). Autant il nous paraît dangereux de s’autoriser la liberté d’appliquer sans réserve et sans limite une analogie dont on ne cherche plus la cause… Ainsi, si l’application de l’intuition (donc de l’analogie) à la compréhension des ressentis des hommes nous semble par définition naturelle, autant son application à l’interprétation d’événements dans lesquels ils n’ont pu jouer aucun rôle nous paraît beaucoup plus discutable. Mais ceci est (encore) un autre débat. [Retenons surtout que l’analogie comme outil approximatif de recherche des causes n’est pas l’analogie comme aliment d’une pensée créative sans limite où par exemple la crêpe, par analogie, peut renvoyer à la Lune par analogie avec l’image de sa surface (argument entendu lors d’une émission radiophonique !)].

 

Pour une recherche scientifique encore une fois…

Nous voulons plutôt retenir de notre argumentation de nouvelles raisons pour l’intérêt d’envisager la possibilité d’une recherche différente sur l’astrologie, dont seule la voie scientifique pour l’instant, nous paraît vraiment nouvelle (au point même d’être considérée comme hors sujet). Si le regard de l’astrologue est orienté par les symboles qu’il utilise, il peut l’être au point de ne pas pouvoir déceler certains effets produits par l’astrologie, lesquels ne pourront être découvertes que par une approche nouvelle, et à notre avis plus systématique. Si dans l’autre sens, des effets [ou des synchronicités] peuvent par erreur être [injustement] attribués [ou renvoyés à l’astrologie] par surinvestissement des symboles, il n’y a qu’une démarche de preuve qui puisse permettre de faire le tri.

C’est aussi pour nous un espace ouvert à de possibles recherches n’allant pas nécessairement dans le sens de la tradition, sans pour autant la renier systématiquement. Nous pensons que pour toutes les raisons que nous avons développées plus haut, nul ne peut affirmer aujourd’hui que les millénaires de pratique astrologique ont permis de faire le tour de toutes les réalités de l’astrologie si celle-ci est un phénomène bien réel, c’est à dire qui n’est pas que rêverie. De même, nous croyons que les risques d’erreur inhérents à notre discipline peuvent nous inciter à penser qu’il y a encore beaucoup, beaucoup, de choses à faire sur l’astrologie…

 

[Rappel : j’ai écris ce texte à l’été 2004, au commencement de ma démarche autocritique de l’astrologie, et avant mon passage à la Sorbonne en 2ème année de Master en Histoire et Philosophie des sciences. Ce texte doit donc être pris comme celui d’un astrologue amateur visant à fonder causalement une astrologie dont il avait la conviction (j’insiste sur ce terme qui n’est pas synonyme de croyance) qu’elle ne pouvait pas marcher aussi bien sur certains plans sans qu’il y ait quelque chose de vrai quelque part. Ce n’est plus aujourd’hui ma position, l’astrologie comme simple savoir-faire permettant de satisfaire tant l’astrologue que le consultant sans que le moindre fondement scientifique ne soit nécessaire. L’utile ne dépend pas nécessairement du vrai et du faux… J’ai voulu mettre ce texte en ligne pour deux raisons. La première parce qu’il est toujours d’actualité pour l’astrologue qui souhaiterait interroger la tradition astrologique de façon plus pointue. La seconde pour montrer qu’il est possible de développer quelques questionnements à vocation épistémologique du point de vue du croyant, le sceptique ou le rationaliste n’étant pas les seuls à pouvoir le faire. La différence ? Cette approche-là est susceptible de toucher la communauté astrologique de façon bien plus efficace que ce que fait la critique traditionnelle. En cela il me semble qu’il faudrait encourager ce genre de travail. Bien sûr, la question du dogmatisme des symboles astrologiques n’est qu’une parmi tant d’autres qu’une approche causale de l’astrologie amène. Et cela dépasse de loin la seule approche scientifique…

Serge BRET-MOREL
Eté 2004 - 13 octobre 2009

 

 

1. « La science des chaldéens », Marguerite Rutten, PUF N°893.

2. « Les dossiers de l’archéologie » N°191

3. « Les origines de l’astrologie », Denis Labouré.