Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Rationalis

 

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Le critère technique

La critique de l'astrologie

L'astrologie et la science

Sur les fondements traditionnels

 

Exemple de critique amateur de l’astrologie soutenue par l’Université et l’Observatoire Zététique

 

Attention, cet article n’a pas vocation à protester contre une attitude universitaire qui serait intolérante, subjective, inquisitoriale, faisant des astrologues les martyrs de la Science, ce n’est certainement pas là notre propos ! Nous voudrions seulement nous étonner que des universitaires (doctorants et chercheurs) puissent encore sombrer avec naïveté et enthousiasme dans certaines activités expérimentales si éloignées des réalités de ce qu’ils examinent, en matière d’astrologie ici.

 

1ère expérimentation sur des collégiens

2ème expérimentation sur les horoscopes de Christine Haas

3ème expérimentation sur la prédiction des séismes

Conclusions

 

En effet, sur cette page du CIES de Grenoble (le Centre d’Initiation à l’Enseignement Supérieur de l’Académie de Grenoble) nous trouvons La liste des ateliers projets de 3ème année depuis 1991. Les personnes participant à ces ateliers sont au moins doctorantes, ce qui devrait gager d’un certain sérieux dans les démarches auxquelles elles vont participer. Dans l’ensemble il s’agit de s’initier à l’enseignement et à la vulgarisation de la pensée scientifique.

Nous avons relevé plusieurs ateliers de Zététique sur cette page. Annuellement, le thème zététique semble avoir un certain succès parmi les candidats, au point même de pouvoir obtenir quelques financements pour organiser annuellement un atelier spécialisé lors de la fête de la Science. Au 10 janvier 2010, on trouve ainsi deux rapports téléchargeables en pdf pour les années 2005-2006 (sur lequel nous allons revenir ci-dessous), et 2003-2004. On notera que ce dernier a été consacré en partie à un historique et quelques réflexions sur la zététique elle-même (sommaire en pages 73-74 du fichier pdf), notamment ses limites. Malheureusement, nous n’y avons pas trouvé de paragraphe consacré à la question de la compétence du zététicien dans le domaine qu’il critique, ou, ce qui en découle, des critères d’évaluation de la pertinence de la critique… En matière d’astrologie, pour ce qui nous concerne, cela rend compte en partie de la critique amateur de l’autre document pdf (de 2005-2006) et de ses conclusions. A moins d’avoir l’astrologie infuse… le zététicien n’est pas armé a priori pour mesurer toujours la pertinence de sa propre critique… bien qu’il semble tout de même partir de ce principe. La question n’a été qu’évoquée en fin de p30. Nous pensons toujours que l’incompétence du zététicien en matière d’astrologie l’empêche d’arriver à ce genre de réflexion critique ; il est en quelque sorte contraint d’en rester à une forme de pari permanent sur la pertinence de ses discours. En effet, n’étant pas capable de mesurer la portée astrologique de sa critique… de l’astrologie, il ne peut donc que critiquer à partir de ses propres représentations (partielles) de la pratique de l’astrologie « en espérant » ne pas dire n’importe quoi.

Un exemple ? une critique non valable (qui n’est pas traitée dans le doc pdf mais qui revient couramment dans les débats), est la suivante : les satellites des planètes géantes ne sont pas utilisés par les astrologues bien que certains soient plus gros que la Lune, Mercure, ou Pluton, c’est bien là une preuve d’incohérence de l’astrologie. Nous avons expliqué ici (3ème partie) en quoi cette critique est non avenue, purement formelle car découlant certes des arguments relatifs à la gravitation, mais ne tenant pas compte de la composante technique de la pratique de l’astrologie. Laquelle suffit pour expliquer la chose, tout comme l’avait fait Kepler dès 1610, soit quelques mois après la découverte des satellites de Jupiter par Galilée..

Dans ce document pdf zététique, nous aurions aimé que soient développées aussi et par exemple, les problématiques suivantes : comment détecter les erreurs de la critique ? Qui peut faire autorité dans le domaine, le chercheur n’étant pas praticien et l’astrologue n’étant pas scientifique ? Que faire aussi des critiques erronées ? En quoi renseignent-elles sur les limites de la critique, ses propres représentations ? Etc… Un jour peut-être…

 

Si nous examinons maintenant le rapport d’atelier zététique de 2005-2006 nous avons ainsi deux mauvaises surprises : une expérimentation a été effectuée sur des… collégiens (!) et une autre sur les… horoscopes de presse (!). Or il y a quelques présupposés ici qui méritent d’être soulignés, mais commençons par présenter les expérimentations.

La première a consisté à proposer à des élèves d’une classe de collège le même texte vague censé décrire leur personnalité, mais en leur laissant croire que chacun recevait un texte différent. On ne sait pas trop pourquoi, mais ceci était censé démontrer que le succès de l’astrologie n’est du qu’à l’effet Barnum, c’est à dire la tendance à se reconnaître dans des énoncés vagues. Pourtant les auteurs de l’expérience auraient du conclure seulement que l’on a tendance à se reconnaître dans des textes vagues visant à décrire notre personnalité, qu’ils soient astrologiques ou non… ou alors que tous les textes astrologiques vagues ne permettent pas de valider l’astrologie, ce en quoi nous les aurions rejoints, mais non. L’a priori était trop fort.

La seconde expérimentation quant à elle, est aussi délicate car elle cherche à voir si l’on peut reconnaître les prévisions horoscopiques de la semaine précédente, sans se demander en quoi les horoscopes sont représentatifs ou non de la pratique de l’astrologie. La seule réponse apportée ici est (p17 du doc pdf) que si les horoscopes ne sont pas considérés comme sérieux même par les astrologues renommés, on se demande pourquoi alors ils en font… on constatera que l’irrationalité des astrologues n’est pas toujours invoquée…

Une troisième expérimentation est présentée dans ce document, elle consiste à faire comme si Elizabeth Teissier avait tiré au sort des dates de séismes qu’elles prétendait essayer de prévoir par l’astrologie. Le hasard montrera que le procédé n’a mené à aucun résultat meilleur que ce que prévoyaient les probabilités, et sur cette expérimentation nous aurons moins de choses à dire.

Nous remarquerons au final qu’il y a derrière ces expérimentations enthousiastes, voire naïves, de nombreux présupposés étonnants pour des universitaires censés présenter la démarche scientifique aux non-initiés…

 

1ère expérimentation sur des collégiens

Tout d’abord, puisque des adolescents sont appelés à reconnaître des énoncés censés porter sur leur personnalité et que notre groupe zététique va étendre le résultat de cette expérimentation à toute la population, il y a là un 1er présupposé : les collégiens sont aussi compétents que des adultes en matière de connaissance de soi. Or, ne faut-il pas un minimum de confrontation à certaines réalités pour en apprendre un peu plus sur soi et apprendre même à s’observer soi-même ? Autrement dit, ce n’est pas parce que l’on teste une tendance présentée comme innée, qu’elle est automatiquement réalisée tôt dans la vie, surtout quand elle n’est pas exceptionnelle et que l’on est encore pris dans les cocons ou les carcans de la famille et de l’école… On regrettera donc bien sûr qu’à aucun moment on ne se pose la question de l’incidence de l’âge dans les questions de connaissance de soi, ou de la confrontation à la vie. Un exemple parmi d’autres possibles : les enfants de divorcés ne sont-ils pas confrontés plus tôt que d’autres à certaines dures réalités de la vie ? Idem pour certains handicapés moteurs, certains grands malades, accidentés, etc ? La profession des parents ou leur confession religieuse, leurs appartenance et implication dans tel ou tel parti politique n’ont-elles pas aussi d’incidence sur la possibilité des questionnements auxquels l’élève peut être plus ou moins naturellement confronté ? Et ainsi de suite. On attend donc avec impatience que le CIES réplique cette expérimentation en primaire, voire en maternelle ! Nous sommes certains qu’elle démontrera brillamment encore une fois, l’effet Barnum, surtout si elle réadapte son texte…

Autre présupposé de base de cette expérimentation : l’astrologie de naissance ne peut formuler que des énoncés vagues. Il suffit pourtant d’ouvrir n’importe quel livre d’astrologie (d’astrologie, pas de « prédictions astrologiques ») pour voir que parmi les énoncés vagues (dont nous ne contestons pas l’existence), il y a des énoncés qui ne le sont pas. Or, le sceptique a la fâcheuse habitude lui aussi, de sélectionner les énoncés qui l’arrangent, donc ici les vagues, pour alimenter ses exemples. Il a d’ailleurs bien raison de le faire, mais seulement s’il ne succombe pas à la tentation de l’extrapolation. Quel dommage que l’on ne teste jamais les interprétations de naissance d’un Jean-Pierre Nicola, d’un Richard Pellard, d’un Jacques Vanaise…

Autre présupposé plus grave qui complète le précédent : les énoncés bruts des livres d’astrologie de naissance sont utilisés, appliqués, « récités » (?) tels quels lors de la consultation astrologique (puisque l’on prétend qu’ils peuvent être testés tels quels). Or c’est là une erreur grave relevant de la distinction que l’on a posé entre l’astrologie de la preuve et l’astrologie de la consultation : les énoncés présents dans ces livres ne sont que ce qui va servir à construire une interprétation astrologique, et encore, pour le débutant. Il ne faut donc pas négliger le fait que

1) Une interprétation astrologique est en général la synthèse de plusieurs énoncés astrologiques possibles et qui ne se limitent ni à ceux des livres, ni à ceux relatifs à la position du soleil en signe astrologique…

2) Une interprétation astrologique n’est pas forcément un jugement définitif sur la personne, mais plutôt un prétexte à discussion, un point de départ de dialogue à propos de tel ou tel questionnement de la personne (qui précédait l’interprétation ou bien qu’elle va provoquer).

Il y a ici la même erreur que celle qui consisterait à prendre par exemple dans un livre de mathématiques de 1ère S le chapitre sur les trinômes et considérer qu’il y a tout ce que permettent de faire les polynômes du second degrés… On appréciera le raccourci. C’est aussi espérer pouvoir juger de l’élégance finale d’un bâtiment à l’examen de quelques unes de ses briques…

Un autre présupposé : le consultant est toujours ignare en astrologie. En effet, aucun des enfants ne semble s’être rendu compte que sans l’heure de naissance, il n’était pas possible d’établir avec certitude la bonne carte astrologique de naissance…

Il est bien dommage aussi que dans les choix proposés aux élèves (fin de page 5) il n’y ait pas eu une catégorie « ne se prononce pas ». N’est-il pas un peu manichéen de demander si l’on se reconnaît ou non en laissant planer le doute à propos de la distinction entre « plutôt reconnus » et « plutôt pas reconnus » ? En effet, si l’on s’est reconnu un peu mais pas trop, cela peut être suffisant pour répondre positivement alors qu’en fait ce n’est pas vraiment le cas. « Ne sait pas » aurait permis de montrer aussi une autre des limites de l’expérimentation : quand on ne se connaît pas trop, quand on se cherche encore, quand on a encore beaucoup à expérimenter par soi-même, peut-on vraiment valider ou invalider tous les jugements portés sur soi ??? Et puis, combien des 2 catégories « plutôt reconnus » et « plutôt pas reconnus » se seraient retrouvées dans cette nouvelle catégorie intermédiaire n’obligeant pas à faire un choix et permettant aussi de montrer que l’on n’est pas forcé d’adhérer ou rejeter les banalités ?

Combien aussi ont choisi entre ces deux catégories en fonction de leur avis préalable sur la question de la possibilité de l’astrologie ? Allez plutôt oui si j’y crois, allez plutôt non si je n’y crois pas…

Les conclusions de l’expérience

74% des élèves se sont soit « totalement reconnus » soit « plutôt reconnus », tout comme l’attendaient les expérimentateurs. Mais il y a plusieurs vices et biais de procédure dans la façon dont s’est déroulée l’expérience :

1)     tout d’abord, le texte a été écrit sans aucun rapport avec l’astrologie : pourquoi donc impliquer l’astrologie là-dedans, et uniquement l’astrologie ? Cette expérimentation montre tout autant l’importance de l’effet Barnum dans la numérologie, la chiromancie, mais continuons, la psychologie, la psychanalyse, la psycho-généalogie ou même la philosophie ! Pas convaincus ? Mais on aurait pu présenter la chose aux élèves comme relevant de l’une ou l’autre de ses disciplines, comme on le voulait. Pour la numérologie avec la même présentation que l’astrologie, pour la chiromancie il aurait suffit de prendre une photo de chaque main au préalable, et pour la psychologie ou la philosophie (!) il aurait suffit de dire aux enfants que les parents avaient été rencontrés sans qu’ils l’aient su. Chaque conclusion aurait été la même… l’origine du texte invoqué par les expérimentateurs était donc aisément interchangeable (montrant donc que l’astrologie n’est pas concernée plus qu’une autre discipline…).

2)     Mais composition du texte n’est-elle pas particulièrement adaptée à l’état intérieur d’adolescents qui commencent à découvrir la vie et l’indépendance sans avoir encore les moyens d’y accéder ? Les expérimentateurs n’ont pas évoqué cette question et le fait qu’avec un public plus âgé, des adultes déjà dans la vie active par exemple, le même texte n’aurait peut-être pas été accueilli avec autant d’enthousiasme. N’appelle-t-on pas cela un biais ?

On regrettera donc que les auteurs de l’expérience ne concluent pas simplement que toute astrologie qui se borne à ne dire que des banalités (et encore, combien de choses ne sont banales qu’une fois qu’on les a rabâchées mais ne le sont pas pour celui qui les découvre ?) n’est pas crédible, ou en tout cas ne peut avoir aucune prétention de vérité.

 

2ème expérimentation sur les horoscopes de Christine Haas

Ici, on demande à des visiteurs de la fête de la Science, de retrouver leur horoscope de la semaine précédente parmi deux issus d’un même texte.

Nouveau présupposé : les horoscopes de presse sont représentatifs de l’astrologie de naissance. En fait, le compte-rendu reconnaît p17 que tester les horoscopes ne revient pas à tester les thèmes astraux, mais sans jamais préciser vraiment pourquoi. Pire, quelques lignes plus loin on peut lire que les personnes qui le veulent ont donc un moyen de tester leur horoscope ou thème astral. L’explication montre d’elle-même en quoi ces distinctions (de base) ne sont donc pas maîtrisées par les participants à l’expérience… Ce qui est d’ailleurs confirmé par le jugement du début de la page 17 : [d’après les résultats] la pertinence de la méthode astrologique n’apparaît pas clairement (…) l’astrologie doit donc encore prouver son efficacité avant de se revendiquer science. Or, cette phrase ne découle pas de la question des fondements de l’astrologie, ni des résultats expérimentaux en général, où elle serait alors justifiée, non, elle découle seulement du résultat du test sur les horoscopes de presse.

De plus, le compte-rendu de l’expérimentation p16 est équivoque : les personnes se seraient « reconnues » ou « non reconnues » alors qu’elles ont seulement tenté de reconnaître « leur horoscope », pas une description de leur personnalité… A propos des chiffres de ce tableau d’ailleurs, il semble y avoir une erreur (appuyée par la représentation en camembert qui suit), et peut-être une inversion des résultats (qui ne change rien au final) : on parle de 11% de personnes qui se seraient reconnues sûrement ou qui l’auraient cru par erreur. Mais pour obtenir 11% il faut additionner 5 et 6% dans la deuxième partie du tableau en remettant en cause les classements. Or, comme les « tendances » des deux grandes lignes du tableau (18-51-78 puis 70-55-13) sont exactement inversées, cela évite en même temps un problème d’interprétation de cette différence qui doit relever du hasard mais est aussi très marquée.

Il y a aussi quelques questions primordiales qui ont été éludées dans cette expérimentation : en quoi les horoscopes de presse sont-ils représentatifs de la pratique de l’astrologie (puisqu’ils devraient permettre de conclure « sur la méthode astrologique ») ? D’où découle la question suivante : en quoi les horoscopes de presse ne sont-ils pas représentatifs de la pratique de l’astrologie (comme on l’a argumenté ici) ? Se poser ces questions-là c’est tout de même, s’assurer un minimum et a priori, que l’on ne commet pas systématiquement des contresens. C’est aussi s’interroger sur les limites de l’expérience. Bien sûr, ces questions ne seront pas posées, elles semblent relever de l’évidence (évidence de chacun ou argument d’autorité du tuteur, on ne le saura pas), ou des faits (les horoscopes pullulent dans les medias, ils seraient donc représentatifs puisque les astrologues ne protestent pas)… La seule assurance de la pertinence du test sur les horoscopes de presse a donc l’air d’être ici, que l’astrologue Christine Haas soit à la fois astrologue renommée et rédactrice d’horoscopes… On ne pourra que renvoyer nos chers expérimentateurs à ce que l’on a nommé prisme médiatique pour rendre compte du gouffre qui existe entre le quotidien de l’astrologue et l’astrologie médiatique (prédictions + débats déconnectés bien souvent de la pratique). Sur le fait aussi que les médias sont moins « vecteurs de l’astrologie » que promoteurs d’une caricature d’astrologie dont il n’ont que faire qu’elle soit de qualité ou non (et ne cherchent pas à s’en donner les moyens). Nos zététiciens écriront d’ailleurs ici et là que l’esprit critique n’est pas favorisé dans les medias, que les superstitions le sont bien plus. Nous les renvoyons alors à nos questionnements sur le milieu astrologique grâce auxquels ils pourront commencer à se demander si l’astrologie n’est pas aussi victime de cela. La renommée d’un astrologue nécessaire pour donner un peu de poids à l’expérimentation doit être celle qu’il a acquise dans les medias (auprès de personnes non compétentes en astrologie donc) ou bien celle qui est la sienne dans le milieu astrologique, d’après ses travaux théoriques par exemple ? Il nous semble que la seconde est la mieux adaptée à la question expérimentale, non ?

En page 17 nous lisons encore : il a simplement été discuté de la possibilité d’un doute sur [la validité des horoscopes] et la possibilité de tester cette validité par un protocole scientifique, comme réalisée pour l’horoscope de Christine Haas. Bien sûr, si le test avait été fait lors d’une réunion astrologique et avait donné des résultats positifs, on se serait empressé de dénoncer à la fois le faible nombre de participants (285) et l’évidente orientation des sujets en faveur de l’astrologie. Par contre, 285 participants pour confirmer l’attente des organisateurs c’est ici suffisant, et la proportion de sceptiques parmi les personnes venant spontanément au stand zététique ou tout simplement intéressées par la Science (puisque tout se passe pendant la fête de la Science) ne compte pas non plus dans l’interprétation des résultats. Bien que l’on sache par avance que la proportion de sceptiques y est plus importante. Ceci dit non pas pour défendre les horoscopes, mais pour discuter des conclusions officieuses et officielles de cette expérience.

Car nous pouvons nous étonner aussi qu’à aucun moment on se soit demandé au préalable, c’est à dire avant de tester le discours horoscopique, comment sont réalisés les horoscopes de presse. Un minimum de technique aurait montré alors qu’astrologiquement parlant, les horoscopes de presse sont a priori voués à l’échec (la prédiction est faite bien que, pour chacun des destinataires, l’écrasante majorité des paramètres astrologiques n’est pas connue du rédacteur et que probablement ils s’opposeront en partie à son interprétation…). Cette critique-là, rationnellement bien plus élégante, aurait rendu moins pertinente l’expérience amateur réalisée ici, et permet d’envisager par exemple que le succès des horoscopes n’est peut-être pas du à la même cause que celui de la consultation astrologique. En effet, puisque la pratique des horoscopes n’est pas représentative de la pratique de l’astrologie au quotidien, qu’est-ce qui permet l’extrapolation de l’explication de la première à l’explication de toute la seconde ?

Qui irait alors, tester la validité de la méthode scientifique sur un procédé techniquement indéfendable a priori ??? Encore une fois on remarquera l’aspect futile, voire absurde, de certaines expérimentations sceptiques, et la disproportion des conclusions qui en découle nécessairement…

 

3ème expérimentation sur la prédiction des séismes

Bien que très parlante sur la question du hasard (E.T. n’aurait pas fait mieux que ce que prévoyait le hasard, mais on ne sait pas si les orbes de 2 jours ont été retenus ou non et pour elles et pour les grenoblois…), on retrouve au début de la page 20 le même aveu d’impuissance de la critique devant la technique astrologique : on ne peut donc pas conclure à une efficacité spécifique de la méthode astrologique par rapport au hasard en vue de prédire des séismes. Encore une fois donc, une « méthode astrologique » est invoquée, mais elle n’est pas décrite. Pire, si l’on en croit le texte, la méthode astrologique ne consiste pas à sélectionner des dates d’après les configurations astrologiques en cour (ce qui permettrait quelques critiques techniques qui dépassent manifestement les expérimentateurs) mais seulement à donner 8 dates au hasard dans l’année en croisant les doigts… Encore une fois, pour des universitaires, on ne comprend pas autant de légèreté dans les conclusions et les jugements présentés. Ici il faudrait présupposer que

1)     les astrologues en général tentent de prédire des séismes

2)     qu’ils le font tous de la même manière qu’Elizabeth Teissier (même paramètres, mêmes orbes, etc)

3)     qu’Elizabeth Teissier est représentative des astrologues

Douteux, vraiment douteux…

 

Conclusions

Il est naturel de se demander comment il peut être intéressant pour des chercheurs et des doctorants de se lancer dans des tests avec autant de présupposés et de lacunes sur un sujet.

Quel est donc l’intérêt de tester des horoscopes qui sont a priori, c’est à dire astrologiquement, techniquement, contradictoires avec les principes mêmes de l’astrologie traditionnelle ?

Une belle perle aussi montrant l’absence de familiarité avec la question astrologique : en page 5 du document, les expérimentateurs présentent l’astrologie aux collégiens comme ayant besoin de la position des étoiles pour monter un thème astral ! On leur demandera alors : pouvez-vous nous trouver un seule étoile présente dans un thème astral tropique et contemporain, mis à part le Soleil ??? Et ils n’en trouveront pas bien sûr, car il n’y en a pas… mais la critique de l’astrologie a installé ce contresens habituel fondé sur l’argument de la précession des équinoxes. Le problème est que cela amène d’un côté à définir l’astrologie comme se rapportant aux étoiles, et de l’autre lui reprocher de ne pas tenir compte de la position des étoiles (argument de la vacuité des signes astrologiques)… On appréciera la contradiction.

Un autre énorme contresens renseignant sur les préjugés des expérimentateurs, la qualification de « voyantes » des astrologues Elizabeth Teissier et Christine Haas (p10). Peut-il exister une voyance sans don de voyance ??? Normalement non, ce qui fait que ces deux astrologues n’en sont pas : elles ne réclament aucun don, seulement un savoir-faire, celui de l’utilisation de la technique astrologique, laquelle donc ne nécessite aucun don.

Mais peut-être est-ce là finalement, la raison principale de l’absence de questionnements méthodologiques portant sur les techniques astrologiques à l’origine des dits horoscopes, ou encore des prédictions d’Elizabeth Teissier ? Puisqu’elles seraient voyantes, elles n’auraient pas vraiment besoin de support astrologique pour leurs voyances ??? Comment ne pas avoir envie de pleurer devant de tels raccourcis pris par des universitaires qui, à aucun moment, n’envisagent au moins que les deux astrologues puissent être d’abord victimes de la complexité de leur outil astrologique (ce qui permettrait de mêler technique et irrationalité) ? La complexité en effet, amène aux mêmes résultats, mais permet d’expliquer en plus la forme que prennent les prévisions astrologiques (par exemple là pour la Bourse). Nous avions déjà fait la remarque ici aussi (paragraphe sur la prévision) que la critique serait la même si les astrologues tiraient au sort les dates de leurs prévisions alors qu’elles sont choisies en fonction de critères techniques, astrologiques (discutables, mais autrement). Il ne faut donc pas s’étonner que de telles approches critiques soient condamnées à rester à la surface des choses, voire réfutables, alors que d’un point de vue technique les critiques peuvent être bien plus percutantes.

Ceci ne signifie donc pas que l’astrologie est sauve, mais que la critique pourrait faire beaucoup mieux et qu’elle est parfois faillible, ou que les expérimentateurs seraient certainement plus exigeants avec eux-mêmes, moins légers, s’ils traitaient d’un sujet qu’ils méprisaient moins. L’affect n’est-il pas quelque part présent dans ces approches superficielles parce qu’elles sont finalement proportionnées à la dignité que l’on accorde au préalable à ce que l’on teste ? On ne lirait pas sinon des énormités comme celle du début de la page 10, selon laquelle Elizabeth Teissier et Christine Haas seraient même reconnues en matière de voyance ! S’il n’y a pas là un manque de documentation, on ne comprend pas… Tout cela est bien dommage car par ailleurs, l’intention de montrer qu’un don paranormal n’est pas forcément… paranormal (quand le hasard permet de faire aussi bien) était louable. Mais comme on l’a dit, puisque les deux astrologues ne réclament pas de dons paranormaux, comment pourrait-on créer le doute à ce sujet (début p10 toujours) ??? C’est un véritable non sens… En fait, les expérimentateurs n’auraient-ils pas du conclure plutôt et seulement que l’aspect extraordinaire (et non « paranormal ») des prédictions astrologiques, est finalement banal pour cause d’effet Barnum ?

Plus généralement, pourquoi avec l’astrologie est-il si courant de ne pas chercher à aller plus loin que ce que disent et font certains astrologues médiatiques ? Pourquoi aussi, ne pas systématiquement se référer à des astrologues reconnus par leurs pairs plutôt que par le grand-public ou le nombre de livres vendus ??? Mais puisque « l’astrologie est impossible », puisqu’elle est fausse par définition, pourquoi prendre ce genre de précaution ? En somme, l’a priori négatif prend le risque de gâcher l’expérimentation avant même qu’elle ne commence. On ne se demandera pas non plus si l’on teste la possibilité d’un phénomène astrologique, ce qui nécessiterait de tenir compte au moins de la composante technique de l’astrologie, ou de se poser des questions comme : dans quelles conditions l’astrologie pourrait-elle proposer des énoncés suffisamment non vagues ? On teste seulement les prétentions de quelques astrologues dont on ne sait même pas mesurer leur compétence astrologique autrement que par leur renommée, ou alors on imagine soi-même des expériences en sachant pertinemment que l’on n’a aucune compétence en la matière…

En cela, on s’interrogera sur l’aspect vraiment « scientifique » de ces expérimentations, car selon la formule utilisée ce ne sont pas seulement les horoscopes qui étaient visés ici, mais bien toute l’astrologie. En effet, le document semble sous-entendre que le test « scientifique » peut être fait sans avoir aucune notion de base sur le sujet que l’on teste… on appréciera les conséquences d’un tel sous-entendu menant au début de la page 17 à la sentence : la pertinence de la méthode astrologique n’apparaît pas clairement (…) l’astrologie doit donc encore prouver son efficacité avant de se revendiquer science. On renverra donc à ce propos, à notre article Horoscopie et publicité, de troublantes (?) similitudes, dans lequel on verra justement que la pratique des horoscopes n’est pas représentative de la pratique de l’astrologie traditionnelle, donc ce en quoi « la méthode astrologique » n’est pas concernée par cette expérience. Encore une fois, le vocabulaire des expérimentateurs n’est pas ici, assez nuancé. La pensée créative des horoscopes de presse s’adressant à des personnes que l’astrologue n’a pas en face de lui ne saurait être vraiment comparable à ce qui se passe en consultation… Pour être plus clair : on parle de méthode astrologique, mais nulle part la dite méthode n’est décrite. Le seul procédé testé dans les 2 premières expériences est celui qui consiste à utiliser des phrases vagues. Mais comment sont-elles obtenues ? Mystère… Il est tout de même gênant de voir des universitaires mélanger la forme du discours horoscopique (qu’ils testent ici) et la méthodologie astrologique. C’est même troublant !

A la fin de la 2nde expérimentation, on voit aussi que seulement 11% des personnes se sont vraiment reconnues dans ces horoscopes alors qu’au début de la présentation de l’expérimentation on nous expliquait que force est de constater que l’on a tendance à se reconnaître dans son horoscope. Pire, 52% des personnes se sont peu reconnues dans les horoscopes qu’on leur a demandé de juger. Quel dommage que l’on n’ait pas cherché à interpréter ce résultat qui semblerait montrer que la majorité des gens ne succombent peut-être pas forcément à l’effet puits… Car les interprétations qui suivent, expliquant qu’après coup on est moins naïf devant la prédiction horoscopique, ne sont appuyées par rien du tout… car il aurait fallu au moins proposer la même expérience à ces personnes avec l’horoscope du jour comme résultat témoin. Cela n’aurait pas pris beaucoup plus de temps et aurait permis d’appuyer ou d’empêcher alors ces interprétations, lesquelles sont donc, encore une fois, bien légères. On appréciera donc le qualificatif de protocole expérimental rigoureux dont est indirectement affublé ce test dont les préalables, les conclusions, et même les interprétations sont discutables.

Tout cela n’empêchera pas toutefois de conclure avec les expérimentateurs que le hasard a produit les mêmes résultats que leur test, ce qui de toute façon, semble invalider la pertinence de l’horoscope de presse de Christine Haas.

 

Serge BRET-MOREL
le 12 janvier 2010