Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Rationalis

 

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L’ intéressante expérimentation portant

sur les naissances

des meilleurs joueurs d’échecs

 

Lors de la rédaction de notre dossier demandant notamment si l’astrologie est expérimentable n’importe comment ?, nous nous sommes posé la question de la distinction entre prédétermination astrale et effets imprévisibles d’une causalité astrologique impersonnelle. Nous avons remarqué notamment que les tabous de la pratique ne devaient surtout pas systématiquement en être dans l’optique de l’expérimentation : la visée de la preuve, ou simplement du test, n’a ni les mêmes limites, ni les mêmes ambitions, ni les mêmes exigences, ni ne présente les mêmes risques que ceux de la relation d’aide. Ceci nous a permis de nous demander si il était interdit de chercher expérimentalement des conditions dans lesquelles un éventuel déterminisme astral empêcherait l’individu de réaliser tel ou tel projet de vie au risque de donner le sentiment d’un fatum astral revenu des catacombes de l’Histoire. Pourtant, une influence inhibante ne devrait-elle pas être plus aisée à mettre en évidence qu’une favorisante mais qui ne peut s’exprimer que dans certaines conditions (question de l’influence de l’environnement, social notamment) ?

Cette réflexion nous avait donc été inspirée par les résultats de cette expérimentation portant sur des joueurs d’échecs (Christophe de Cène) présentée en 1993 par des astrologues conditionalistes. Si nous résumons très rapidement cette expérimentation, il a été supposé d’après le symbolisme astrologique, que la conjonction Mercure-Saturne (logique, rigueur, jeu, intellect, etc) devait être plus favorable aux joueurs d’échecs que l’opposition de ces mêmes planètes. Au passage, on remarquera ici que l’astrologie des horoscopes de presse n’est pas celle qui a inspiré l’expérimentation, ce qui est très appréciable ! Les auteurs de l’étude ont donc examiné des centaines de thèmes de naissance tirés de l’annuaire des meilleurs joueurs d’échecs du monde (en 1992). Ils ont réalisé aussi quelques simulations purement virtuelles pour mettre leurs résultats en perspective vis-à-vis du hasard. Leur conclusion est simple : comme attendu, les conjonctions sont en nombres bien supérieurs aux oppositions (comprendre : la conjonction serait « donc » plus favorable aux joueurs d’échecs que l’opposition). Toutefois, toutefois, si l’on examine les chiffres de plus près, on se rend compte que la conclusion n’est pas si évidente à établir. En fait, le nombre des conjonctions qui apparaît est très proche de ceux produits par le simple hasard, alors que les oppositions sont quant à elles, en réel déficit.

Notre conclusion diffère donc de celle des auteurs de l’expérimentation d’origine : si l’expérimentation est recevable, alors les oppositions de Mercure et Saturne sont défavorables à la réussite des meilleurs joueurs d’échecs, tandis que la conjonction est absolument sans effet décelable sur eux (il n’y en a pas plus que ce que produit le hasard). A la rigueur les conjonctions sont-elles « moins défavorables que l’opposition », ce qui permet d’inclure la question de l’absence d’effet. Mais d’un point de vue astrologique, cela montrerait que les conjonctions ont parfois (souvent, toujours ?) moins d’effets (ou d’impact) que les oppositions. Ceci est absolument contraire à ce qu’affirme la tradition astrologique, faisant de la conjonction l’aspect astrologique le plus puissant de tous.

 

Les chiffres de l’expérimentation

Notre support théorique de départ pour calculer les probabilités de telle ou telle partie de cette expérimentation sur les joueurs d’échecs est simple : si une expérience à 1 chance sur 4 de réussir et qu’elle est reproduite 100 fois, le hasard prévoit que 100 x 1/4 = 25 résultats (environ) seront positifs sans qu'il soit besoin d'invoquer une quelconque causalité (ni même une synchronicité) à leur origine. Avec une probabilité de 1/45 (une chance sur 45) on attendrait environ 100 x 1/45 ~ 2.22, soit aux alentours de 2 résultats positifs simplement par hasard. Ceci va donc nous permettre de calculer le nombre de résultats positifs attendus pour tel ou tel test en connaissant simplement 1) la probabilité d’un succès et 2) le nombre de fois que le test est effectué.

 

Ainsi, lorsque dans cette expérimentation on recherchera une conjonction avec 4° d'orbe (incertitude de part et d’autre d’un point), on définira une zone de 8° qui vagabonde dans le zodiaque (dans le sens où elle change d’un thème de naissance à un autre). Sachant qu’il y a 360° dans le zodiaque, une fois l’une des deux planètes choisies, l’autre tombera par hasard sur cette zone avec une probabilité de 8/360 = 1/45 (une chance sur 45). Avec une opposition de 4° d’orbe, on peut considérer que l’on est dans le même cas.

 

Théoriquement, nous pouvons considérer aussi que chaque joueur d’échecs choisi équivaut à un tirage au sort avec une chance de réussite de 1/45. L’expérimentation étant réalisée avec 550 joueurs, le nombre de résultats positifs attendus par les lois du hasard est donc de 550 x 1/45 = 12 approximativement (12.22 plus exactement). Or, le nombre de joueurs ayant la dite conjonction est de 15 (16 moins un joueur non retenu pour cause de date de naissance), soit 2.72% des sujets. Nous sommes très proches de 12. Mais le nombre de 0 opposition obtenu semble lui, plus significatif (le hasard prévoit aussi un score de 12).

L'expérience est ensuite reproduite avec les 100 meilleurs joueurs. On s'attendrait à ce que la fréquence augmente considérablement si la conjonction fonctionnait « comme favorisant » une telle évolution, mais seules 4 conjonctions ressortent. Les résultats positifs prévus par le hasard pour cette nouvelle expérimentation, sont donc de 100 x 1/45 = 2 (2.22 exactement). Encore une fois, le résultat de 4 joueurs possédant cette conjonction semble relever du hasard (« deux fois plus » certes, mais « deux de plus seulement » aussi…).

 

Mais comme contrainte, les auteurs de l’expérimentation ont mesuré aussi les fréquences des conjonctions plus larges (avec plus de 4° d’orbe) : si « l’impact » d’une conjonction décroit avec l’écart à la conjonction parfaite, l’avantage doit être moins important). Les résultats doivent être identiques à ce que l’on a trouvé avant s’il n’y a pas la moindre causalité derrière ces deux configurations astrologiques. Or, avec les 2 zones de 4 à 11° d'orbe puis de 11 à 18°, les résultats ne sont pas identiques. 

La probabilité de base change, puisque nous avons à chaque fois maintenant, 2 zones de 7° de part et d’autre de l'aspect idéal qui répondent à la définition. Soit 14/360 (= à peu près 1/26) comme probabilité de trouver une conjonction avec entre 4 et 11° d’orbe, idem pour une conjonction entre 11 et 18° d'orbe. L'expérimentation est reproduite avec 650 joueurs : le hasard prévoit donc un résultat de 650x 14/360 = 25 (25.27 pour être précis).

Or, pour la zone de 11 à 18° nous trouvons 24 conjonctions et 28 oppositions : le hasard presque parfait, mais attendu. Pour la zone de 4 à 11° d'orbe par contre, avec 31 conjonctions (4.77% des sujets) et 16 oppositions nous semblons être plus loin du hasard à 25, mais pas tant que ça (+6  et -9 sur 650 cas). Il est vrai qu'avec 50 conjonctions le doute aurait été moins fort… Il n’empêche que si la conjonction est opérante, c’est contre la tradition astrologique : elle l’est moins quand elle est parfaite (2.72% des sujets) que quand il y a un orbe entre 4 et 11° (4.77% des sujets)…

 

Une 3ème expérimentation s’appuyant maintenant sur 1143 joueurs va nous donner d'autres chiffres. Maintenant que nous connaissons les probabilités de départ (1/45 pour 0 à 4° d'orbe et 14/360 pour les 2 autres zones de 4 à 11° et de 11 à 18°), nous attendons donc 1143 x 1 / 45 = 25 (25.4 pour être précis) résultats positifs par hasard pour une conjonction ou une opposition de moins de 4° d'orbe, et 1143 x 14/360 = 44 (44.45 exactement) résultats positifs pour chacune des 2 autres zones.

Et il y a finalement 23 conjonctions à moins de 4° d'orbe pour 25 attendues... très très proche du hasard. Et 3 oppositions seulement, contre 25 attendues.

Dans la fourchette de 4 à 11° on trouve 44 conjonctions pour... 44.45 attendues ! En plein dans le hasard...  mais 28 oppositions contre les 44 attendues. L'opposition se démarque encore une fois vers le bas.

Pour la fourchette de 11 à 18° d’orbe maintenant, nous obtenons 45 conjonctions et 51 oppositions pour 44.45 attendues... Nous sommes encore proches du hasard, mais cette fois comme les auteurs l'espéraient.

 

Pour mettre ces résultats en perspective, 2 nouvelles expérimentations sont faites : toutes les dates de naissances sont soit décalées de plusieurs années soit de quelques jours. Les conjonctions et oppositions deviennent à peu près égales et proches du hasard, les écarts disparaissent donc.

 

Conclusions

Contrairement aux interprétations des auteurs de l’expérimentation, la conjonction semble apparaître exactement comme le hasard le prévoit ; elle paraît donc absolument inefficiente sur la réussite des meilleurs joueurs d’échecs. L’opposition par contre, présente à chaque fois un net déficit face à ce qui était attendu : causalité défavorisante ou biais statistique ? Il faudrait reproduire l’expérimentation pour constater ou non les mêmes résultats.

Remarque n°1

Les calculs que nous venons de présenter sont des calculs théoriques, car les durées des conjonctions et oppositions réelles, autrement dit ce qui permet de calculer les fréquences astronomiques dans le temps sont peut-être différentes. En 1952 par exemple, la conjonction exacte avec seulement 4° d’orbe (soit une zone de 8°) dure presque aussi longtemps que celle avec entre 4 et 11° d’orbe (occupant pourtant une zone bien plus grande avec 14° d’étendue cumulée).

Nous avons écrit maintes et maintes fois à l’auteur de l’expérimentation de ces remarques, mais nous n’avons jamais eu aucune réponse de sa part, donc aucun chiffre qui nous aurait permis de calculer les probabilités réelles de cette expérimentation. Tout dépend en effet de la distribution des dates de naissance des joueurs d’échecs retenus.

Remarque n°2

Si la tradition astrologique retient des orbes autour des angles idéaux des aspects astrologiques (il y a conjonction même quand les astres sont éloignés de 10° sur la sphère céleste…), rien ne dit que si les aspects astrologiques ont des origines causales, elles n’impactent pas seulement à certains angles précis et pas d’autres. L’orbe a dans ce cas-là le rôle de filet de pêche plus qu’autre chose…

Remarques N°3

Bien que la question des latitudes des astres soit au cœur de l’astrologie conditionaliste, les auteurs ne précisent pas qu’ils en ont tenu compte dans la détermination des conjonctions et oppositions retenues. Or, il se trouve que sur la sphère céleste, si l’on retient comme état de « conjonction » un écart angulaire très faible mais réel, c'est-à-dire indépendamment du zodiaque, alors les conjonctions et oppositions sont les aspects astrologiques qui sont le plus bousculés. En effet, dans l’astrologie traditionnelle on ne tient pas compte de la position réelle des astres par rapport à la Terre, mais (pour faciliter les calculs) des projections des positions des astres sur la ligne de l’écliptique (autour de laquelle s’étend le zodiaque des signes astrologiques). Comme les planètes ne s’en éloignent en général que très peu cela peu paraître anodin, pourtant lorsque elles s’en éloignent franchement il y a vraiment problème vis-à-vis au moins des conjonctions et oppositions. Elles peuvent paraître exactes alors que, géométriquement, il peut y avoir 10° d’écart sur la sphère céleste. Avec Pluton c’est encore pire : certaines conjonctions et oppositions n’ont géométriquement même pas lieu quand l’astre semble croiser ou s’opposer à un autre dans l’astrologie traditionnelle. Quel coup de vieux pour la notion de cycle astrologique, mais c’est là un autre problème. Ces considérations techniques sont scientifiques tant qu’elles restent au stade de l’interrogation, mais sans modèle causal pour l’astrologie il n’y a pas de raison pour que la question des latitudes soit strictement fondamentale. Cela n’est que du bon sens, ce dont on connaît les limites…

Il reste que cette expérimentation présente bien des qualités et qu’elle offre un résultat doublement surprenant. Contrairement à la tradition astrologique, ses résultats montreraient que la configuration astrologique reconnue comme la plus puissante par la tradition (mais aussi la plus « perceptible » dans le ciel, au sens visuel du terme) ne présente absolument aucun impact ici contrairement à l’opposition qui elle, est à peu près absente des résultats. Cette absence quasi-totale est donc à retenir et une raison suffisante à notre avis pour que l’expérimentation soit reproduite un jour. Mais bien sûr, tout est question de financement, donc de temps disponible pour cela. Un jour peut-être trouvera-t-on un intérêt à traiter ces questions d’un point de vue moins engagé, moins militant, moins… subjectif en somme. Une grande partie de la population continue d’être interpellée par l’astrologie, d’un point de vue citoyen il serait donc tout à fait légitime que des personnes travaillent à plein temps sur ce sujet, d’autant plus si l’approche est critique au sens sain du terme. A bon entendeur encore une fois…

 

 

Serge BRET-MOREL
Mis en ligne le 9 juin 2010