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L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE
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KEPLER ET LES DECOUVERTES à LA LUNETTE DE galilée (1610-1611) Ce dossier a été
réalisé à partir d’un mémoire de module de
La Dissertatio cum nuncio sidereo
L’observation de la Lune La partie suivante du
Messager Céleste était consacrée à l’observation du corps de la lune. Or,
dans la thèse 26 du De Fundamentis astrologiae certioribus de fin 1601
La description des phases de la lune ainsi que des variations locales de luminosité de sa surface sont pour Kepler dignes de confiance, non seulement parce que Galilée décrit la forme ovoïde de la ligne de démarcation entre ombre et lumière10, ce qu’il avait déduit lui-même toujours dans son traité de 1604, de l’intersection de coniques). Il remarque aussi, et à juste titre, que si les cavités de la surface lunaire ressemblent à celles présentes en Styrie où il a enseigné, la surface terrestre n’est pas parsemée de la même manière, ce pourquoi il n’est pas naturel de conclure que les cavités de la lune ont été formées par des cours d’eau11 ! Nous avons ici l’illustration parfaite des qualités et défauts constants de la pensée keplérienne… En effet, celui-ci est d’une incroyable lucidité pour analyser intuitivement les phénomènes et en faire ressortir les différences ; mais dès lors qu’il passe au domaine de la justification, alors le lecteur du 21ème siècle est toujours surpris de ce qui se trouve à la fin du raisonnement. Ici par exemple, Kepler voit comme hypothèse explicative du grand nombre de cavités lunaires que la lune soit… une pierre ponce. En fait, ce n’est pas tant l’image d’un cailloux troué qui lui permet cette décevante hypothèse, mais une autre donnée remontant à l’Astronomia Nova. En effet, la lune tourne deux fois plus vite que ce à quoi Kepler s’attendait si les rapports sont harmoniques12 (autrement dit, s’il y a proportion) entre la distance terre-lune et leurs durées propres de rotation : la terre a un mouvement quotidien de « 1 jour » quand la lune met 29 fois plus de temps pour faire le tour de la terre, alors qu’elle se situe à 60 rayons terrestres selon les données à la disposition de Kepler. Or, comme il a attribué à la lune une inertia (qui est une tendance au repos et non à la persévérance dans le mouvement), il suppose qu’elle doit être ténue pour résister si peu à la force (motrice) d’entraînement provenant de la terre. L’hypothèse de la pierre ponce est à l’image du mélange d’audace et de rigueur dont fait preuve Kepler à longueurs de temps. Ainsi poursuit-il13 en supposant l’existence de créatures douées de raison qui auraient pu façonner ces cavités circulaires si parfaites et « clairement » non naturelles… Son approche mi-magnétique
mi-mécanique de l’astronomie (les images du levier et de la balance sont
invoquées plusieurs fois dans l’Astronomia Nova au chapitre 33 par
exemple) lui permet de s’autoriser nombre d’hypothèses audacieuses (qui l’ont
tout de même amené à découvrir la loi des aires et les ellipses, ce dont il est
seul conscient mais à juste titre si fier…), et son audace est à la hauteur de
son humilité.
Il n’hésite pas ensuite, à marquer (courtoisement) son désaccord avec Galilée sur la nature de la lumière rougeâtre de la lune lors des éclipses. Il est vrai que son explication par la réfraction des rayons solaires à travers l’atmosphère terrestre est plus convaincante de ce point de vue. Mais n’expliquant pas que la Lune reste pâle en son centre, il affirmera aussi que les étoiles derrière le soleil quand il est caché par la Terre, peuvent continuer d’éclairer la Lune… L’observation des étoiles fixes C’est ce qui permet la transition vers la 3ème partie du Messager Céleste, consacrée aux étoiles. A ce sujet, Kepler commence par une explication d’un paradoxe apparent. En effet, il est étrange que la lunette de Galilée agrandisse le diamètre de la lune 10 fois et pas celui des étoiles fixes. La lunette grossirait-elle différemment les astres ??? En fait, Galilée avait déjà évoqué la « chevelure » des étoiles qui disparaissait avec la lumière du jour naissant, ou à travers un nuage. Kepler confirme ce fait d’expérience en allongeant la liste des moyens de s’en défaire17 et propose ironiquement à Galilée de prendre connaissance de son traité d’optique afin de comprendre pourquoi on peut attribuer cette chevelure des fixes à la fois à l’atmosphère et aux propriétés de l’œil, et sa disparition elle, à la lunette. Les disques observés pour les planètes et non pour les fixes, ainsi que l’explication de la voie lactée par un regroupement d’étoiles indiscernables à l’œil nu sont aussi intéressants dans notre optique, car si Kepler s’était prononcé contre Bruno et l’infini de l’Univers dans son De Stella nova de 1606, il ne semblait pas distinguer optiquement les planètes des étoiles18 dans son traité d’optique de 1604. Les fixes cessent donc de réfléchir la lumière du soleil comme le font les planètes, mais nulle part Kepler n’en déduit qu’elles sont encore plus éloignées que ce que l’on croyait : il en profite une nouvelle fois pour réfuter les idées de Bruno et voir plutôt dans le regroupement de la voie lactée un argument contre l’homogénéité d’un espace infini qui n’a pas de centre. De plus, Kepler soulève ici19 un problème qui ne trouvera sa solution qu’en 1902 : si les étoiles sont en nombre infini dans un univers lui-même infini, pourquoi ne fait-il pas jour en permanence ??? L’argumentation keplérienne est toutefois moins directe : il remarque que les diamètres apparents des étoiles fixes rassemblés occuperaient une plus grande surface apparente que le diamètre du soleil, elles devraient donc éclairer plus que le soleil, ce qui n’est pas le cas. Donc Bruno a tort, le Cosmos ne peut être infini. Encore une fois, Kepler loue Galilée de ses observations dont les implications, si elles ont déjà été envisagées depuis l’antiquité, ne pouvaient pas être tranchées avant son apport personnel. Il est heureux de pouvoir en terminer avec certains débats stériles faisant par exemple de la voie lactée un berceau d’étoiles et de comètes. On le voit encore, Kepler n’ayant pas fait lui-même les observations, il est contraint, mais en même temps libre de se livrer à une forme de spéculation raisonnée, ce en quoi il est passé maître. Mais n’oublions pas qu’il n’a pas le choix, la Narratio des observations des satellites de Jupiter sera beaucoup plus courte et proche du style du Messager Céleste. L’observation des satellites de Jupiter La découverte de compagnons pour Jupiter est bien le contenu majeur du Messager Céleste : dans tous les systèmes astronomiques il ne sera plus possible d’affirmer l’existence d’un ou deux centres de rotation privilégiés (la Terre ou le Soleil). Mais ce qui s’intègre parfaitement au système copernicien n’a pas sa place dans la physique aristotélicienne, et impose même un troisième centre de mouvement arbitraire dans le système tychonien. La Lune n’est donc plus l’exception que l’on reprochait au système de Copernic, il faut rendre compte de la présence d’un plus grand nombre de lunes… Et même Bruno aurait tort20 puisqu’il n’envisageait pas de telles lunes autour des planètes du système solaire, mais seulement de nouvelles planètes autour des étoiles fixes. Plus loin, l’une des composantes fondamentales de la pensée keplérienne apparaît : la notion d’Harmonie. En effet, pour Kepler Dieu est Géomètre et tout ce qui a été créé ne peut l’avoir été en vain : ces planètes médicéennes si surprenantes ne peuvent donc exister pour rien, elles sont donc… la preuve de l’existence de créatures vivant sur Jupiter, les seules qui puissent profiter du spectacle de ses lunes avec des périodes de révolution différentes. Cette notion d’Harmonie a toujours permis à Kepler d’avoir foi dans le résultat de ses recherches, persuadé que des lois mathématiques sont plus ou moins cachées dans la nature, mais la notion de finalité qui en découle (puisque tout a été fait à une certaine fin) permet toutes les spéculations, dont aussi, celles concernant l’astrologie. Un long passage21 va ainsi tenter de démontrer que cette nouvelle découverte ne remet pas en cause les calculs des astrologues (l’âme de la terre, à une telle distance, ne peut pas distinguer Jupiter de ses satellites puisqu’ils ne s’en éloignent pas plus de 14 min, soit un demi degré, indifférent pour un aspect astrologique)… Kepler explique ensuite la stabilité physique du système jovien par une force magnétique (tout comme elle l’assurait déjà entre le soleil et les planètes d’une part, entre la lune et la terre d’autre part : dans l’Astronomia Nova paru quelques mois plus tôt, il a déjà développé ces deux thèses). Mais la « physique céleste » de Kepler va heurter la grande majorité de ses lecteurs, Galilée compris, qui ne verront pas en quoi cette force homogénéise un peu plus encore le système copernicien22. L’aspect théologique du centre de l’univers est ensuite abordé (Kepler a fait des études de théologie avant de devenir astronome), et si le soleil est le trône de Dieu, l’Homme n’a pas à vivre dans la meilleure région de l’univers, il en reste toutefois très proche au regard des dimensions réelles de l’univers copernicien. Cette liberté de parole permet de remarquer que Kepler ne se sentait pas menacé en tant que copernicien, même après que Bruno ait été brûlé vif. Ni son Mysterium Cosmographicum, ni son Astronomia Nova pourtant ouvertement coperniciens et contenant des discussions théologiques23 ne sont mis à l’Index. Seul l’Epitome (appliquant les découvertes de l’Astronomia Nova à toutes les planètes du système solaire) le sera en 1620. On pourrait presque penser que Kepler était inconnu en dehors du cercle des astronomes avant sa défense de Galilée en 1610. La Dissertatio se termine ici. Kepler a donc défendu la cause copernicienne à travers le commentaire de texte du Messager Céleste. Il était le plus à même de le faire, les quelques coperniciens de l’époque n’étant pas prêts à passer à une physique céleste. En fait, les découvertes de Galilée posaient problème par leurs implications sur la physique aristotélicienne, et seul Kepler avait développé les schèmes lui permettant de les appréhender naturellement en les confrontant à ses propres découvertes et spéculations physiques (au sens moderne du terme) sur le sujet. S’il y avait un point commun entre Kepler et Galilée, c’était bien de rejeter nombre de postulats de la physique aristotélicienne, les corps des régions célestes par exemple, pouvaient être étudiés comme ceux de la région sublunaire. Cela, bien que les deux savants aient des méthodes d’investigation quasi opposées et des restes d’aristotélisme bien différents (mouvement keplérien, cercles galiléens).
Serge Bret-Morel
Notes (la bibliographie détaillée se trouve dans la 1ère partie de ce dossier) 1. Pantin, Discussion avec le Messager Céleste p10 2. Pantin, Ibid p10-11 3. Donahue, Optics: paralipomena to Witelo & optical part of astronomy p218 4. Pantin, Ibid p12 5. Pantin, Ibid p12 note 60 6. Pantin, Ibid p13 7. Pantin, Ibid p14 8. Pantin, Ibid p15 9. Donahue, Ibid p259 10. Pantin, Ibid p16 11. Pantin, Ibid p16 12. Koyré, La Révolution Astronomique p207, Peyroux Astronomie Nouvelle chapitre 34 p223 13. Pantin, Ibid p19 14. Peyroux, Dioptrique p136 15. Koyré, Ibid p410 note 34 16. Peyroux, Ibid p29 repris p132-133 17. Pantin, Ibid p23 18. Pantin, Ibid p23, note 156 19. Pantin, Ibid p24 et note 162 20. Pantin, Ibid p26 21. Pantin, Ibid p28 22. Pantin, Ibid p29, note 224 23. Peyroux Astronomie Nouvelle pXXIV et suivantes
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