Serge BRET-MOREL

L’ASTROLOGIE face à ELLE-MEME

PROLOGUE à une RENOVATION de la CRITIQUE de l’ASTROLOGIE

 

Astrologica

 

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Affaire Strauss-Kahn :

La prévision astrologique surprend encore !

 (Quelques nouvelles illustrations des limites techniques

de la prédiction-prévision astrologique)

 

 

L’affaire DSK

Il devient de plus en plus courant de voir les prédictions-prévisions astrologiques faire la une du net. En général, ce sont les ratés qui, bien sûr, sont mis en avant, en général aussi ce sont ceux de la plus renommée des astrologues-horoscopeuses médiatiques, à savoir Elizabeth Teissier. La chose se reproduit en cette fin de mois de mai suite aux déboires de Dominique Strauss Kahn, accusé d’agression sexuelle dans un hôtel américain. En effet, une prédiction selon laquelle l’année 2011 serait une année « géniale » pour DSK vient de ressortir des archives. La dépêche a fait le tour du net, et en réaction, l’astrologue s’est sentie obligée de publier sur son site internet (La Lettre de E.T. mai 2011) une analyse astrologique de la situation actuelle de DSK, ainsi qu’un « mini mea culpa » (je cite) à propos de cette prédiction « un brin hypertrophiée » (je cite toujours).

C’est là pour nous l’occasion, concernant les limites de la prédiction-prévision astrologique, de mettre en application quelques unes de nos observations faites parfois sur un plan plus théorique dans différentes catégories de notre site internet (voir liens en bas de page1). On invitera donc le lecteur à ne pas prendre cet article comme une attaque en règle vis-à-vis de telle ou telle praticien(ne) de l’astrologie, mais bien comme l’illustration d’approches rationnelles plus globales des limites de la pratique de l’astrologie. Non, nous ne sommes pas au tribunal, il ne faut donc pas seulement donner la parole aux deux partis avant de porter un jugement plus ou moins synthétique sur la chose. Dans la recherche du vrai, ces habitudes antiques sont aujourd’hui dépassées depuis longtemps : quels que soient les meilleurs arguments de tel ou tel camp, toute erreur méthodologique caractérise l’aspect flou, incertain, subjectif d’une démarche. Quand ces erreurs méthodologiques sont nombreuses, on comprendra que l’on ne peut que qualifier de croyance une pratique si peu assise sur un minimum de sécurités. La prévision-prédiction astrologique traitée dans cet article présente-t-elle des problèmes de méthodologie sur le plan technique ? Comment s’assure-t-elle de la validation de ses tentatives ? Comment gère-t-elle sa complexité ?

 

Une prédiction astrologique réussie ?

Auparavant, il nous faut commencer par une prédiction-prévision astrologique réussie. En effet, l’astrologue Audray Gaillard publiait ceci sur son blog le 31 janvier dernier : [les propos surlignés le sont dans le texte d’origine] « (…) l’entrée de Jupiter en Bélier valorise DSK ! Si bien que de glorieux sondages le donnent vainqueur aux prochaines élections présidentielles. Mais pour autant, ce beau Jupiter n’annonce pas son retour triomphant en France et encore moins son triomphe en 2012 ! (…) 1er obstacle : Uranus qui en mai/juin [2011] transitera sa Lune (…) Voilà un aspect qui me fait bien plus penser à un DSK sur la sellette gérant depuis son bureau du FMI une crise majeure ! (…) Saturne impose un frein. Dominique Strauss Kahn fait et va devoir faire face à des contretemps importants en 2011 ». L’astrologue semble proche de la réalité du moment pour DSK…

 

Quoique…

Nous avons là l’exemple type d’une prédiction-prévision astrologique faisant sens lorsque nous la lisons ou la relisons a posteriori, c'est-à-dire après que des événements se soient produits, nous avons alors spontanément tendance à « comparer les faits ». Mais ce regard n’est-il pas biaisé ? Faute de temps en effet, pensons-nous bien à TOUS les faits disponibles et pas seulement à ceux qui nous viennent à l’esprit ? Nous privilégions nécessairement ce qui touche notre mémoire, à savoir les lignes que nous avons devant les yeux et les faits dont nous entendons parler dans l’actualité. Or, d’autres « faits » sont tout aussi importants. Il faut d’abord remarquer que dans ces lignes, Audray Gaillard n’envisage pas une seconde des problèmes personnels ou à caractère sexuel, ni même une démission de DSK du FMI (d’où il serait censé gérer cette crise), mais seulement une mise en danger. Ensuite, il ne faut surtout pas oublier un autre type de « fait », comme les critiques sceptiques le rappellent régulièrement, à savoir les autres interprétations et prédictions astrologiques faites en d’autres temps par la même personne et sur le même sujet. Or, il se trouve que la même astrologue écrivait un an plus tôt dans son billet du 19 mai 2010 intitulé « DSK a-t-il ses chances en 2012 ? » : « Il est probable qu’il y ait d’ici [son éventuelle candidature à la présidentielle française] d’autres fonctions tout aussi intéressantes pour DSK et de portée internationale. Je pense à la nécessité d’une gouvernance pour une fédération des pays européens… A une tâche plus subtile telle la transformation évolutive des pouvoirs de la banque européenne… ». Cette déclaration constitue aussi un « fait » qui doit mettre en perspective les lignes citées plus tôt à l’avantage de l’astrologue. En effet, dans ce texte prédictif écrit un an plus tôt dans un tout autre contexte, si l’astrologue n’anticipe pas non plus une période favorable pour DSK, elle est loin d’envisager un tel drame l’empêchant au contraire, d’envisager aujourd’hui tout nouveau projet professionnel. Les événements envisagés sont si précis, qu’ils laissent même supposer clairement que l’astrologue s’est laissée influencer par des informations glanées sur le moment dans la presse ou en privé.

 

Les prévisions-prédictions multiples et contradictoires faites par la même personne

C’est pourquoi nous constatons là une illustration de l’un des problèmes récurrents de la prévision-prédiction astrologique, à savoir l’évolution des prédictions au fil des années et des changements de contextes des individus visés par les prédictions. Ainsi, alors qu’un an plus tôt elle lui prévoyait d’être nommé à tel ou tel poste prestigieux pour les années à venir, la même astrologue Audray Gaillard écrit en ce moment (au 15 mai 2011) « comme je l’avais prédis, c’est un coup fatal pour la carrière de DSK » [souligné dans le texte d’origine]. Mais l’astrologue a-t-il (elle) le droit de « prévoir » une chose et son contraire seulement parce que la situation réelle de l’individu a changé entretemps ? D’ailleurs, si DSK est prochainement blanchi et revient aux affaires à la tête de telle ou telle organisation, l’astrologue pourra-t-elle ressortir la prévision-prédiction d’il y a un an ? Ne faudrait-il pas plutôt s’abstenir totalement de prévoir à longs termes ? Puisque ils ne peuvent pas prévoir vraiment ni les changements de contextes, ni le contenu de ces changements, donc les domaines dans lesquels les astres seraient plus tard, susceptibles de renseigner sinon d’intervenir, pourquoi chercher à prévoir trop loin dans le temps ? Vu de l’extérieur, la question ne se pose même pas…

Cela fait bien longtemps pourtant, que l’argument circule, mais bien des prévisionnistes de l’astrologie ne veulent pas en tenir compte, prisonniers qu’ils sont du décomptage, non pas des prédictions-prévisions réussies, mais des prédictions-prévisions qui correspondent en partie aux événements. Pourtant, ne font-ils pas plus des paris sur l’avenir que des prévisions ? Ils sont en effet contraints de conditionner leurs « prévisions » par un douteux « si aucun événement majeur ne vient bouleverser la situation actuelle ». Nous ne nous situons plus là dans la potentialité, nous sommes dans le pari.

 

Complexité technique et interprétation a posteriori

Mais revenons maintenant à la prédiction-prévision de l’astrologue Elizabeth Teissier faite fin décembre 2010 et prévoyant donc « une année géniale » pour DSK. L’astrologue publie en ce mois de mai 2011 une défense montrant que si elle avait bien voulu (enfin… si elle avait « approfondi sa recherche », écrit-elle), alors elle aurait prévu à coup sûr le mauvais climat du moment de DSK (La Lettre de E.T. mai 2011). En effet, les fortes configurations astrologiques du moment portant sur le thème natal de l’homme politique rendraient compte « à l’évidence » de tout ce qui est en train de lui arriver. D’où les questions que cela implique : pourquoi l’astrologue a-t-elle raté ces configurations littéralement inratables, et si c’est parce qu’il y en a trop à gérer, pourquoi continue-t-elle de prédire à longs termes ?

Nous écrivions déjà fin 2006 à propos de la complexité des techniques astrologiques « Or, pourquoi par exemple, l’astrologie réussit-elle si bien à rendre compte après coup des événements, et si mal à les prévoir ? C’est d’abord parce que pour une situation donnée, les dizaines [de configurations] astrologiques à la disposition de l’astrologue, sont autant de cordes à son arc pour colorer (plus qu’expliquer) une situation déjà connue. Les symboles astrologiques sont ainsi des catégories, non des concepts [on y range les événements]. Leur nature même amène l’astrologie à s’approprier les situations plus qu’à les expliquer. Mais, cette abondance [de configurations] devient un fouillis inextricable lorsqu’il faut tenter une prévision à part entière (surtout à long terme) : il n’y a plus possibilité d’ordonner les symboles a priori par la date ou le contenu... On le voit, cette approche purement technique substitue aux accusations d’irrationalité ou de mauvaise foi bien opportunes, les seules conséquences de la complexité ». Ces lignes nous semblent aujourd’hui expliquer pleinement ce que l’on observe là.

Il est malheureusement très courant de voir des praticiens s’extasier des correspondances des symboles et paramètres astrologiques en présence avec les événements du moment. Mais il y a tellement de paramètres astrologiques, et les symboles sont si plastiques, qu’il faut se demander s’il n’est pas toujours possible d’interpréter astrologiquement une situation dont on connaît déjà la date et le contenu. Par contre, prévoir à moyens ou à longs termes est un exercice extrêmement difficile, et c’est un euphémisme d’écrire cela, car aucune prédiction-prévision « réussie » ne prouve que ce soit possible et reproductible. De plus, la réinterprétation après coup ne sauve pas la prévision-prédiction ratée.

En fait, à vouloir prévoir trop loin dans le temps, il faut se demander s’il est bien techniquement possible à tout astrologue de tenir compte des nombreuses configurations astrologiques à la fois rares et importantes qui vont se faire et se défaire dans les périodes précédant la date de l’événement prédit. Comment l’astrologue pourrait-il ne pas être contraint de choisir parmi elles, celles qu’il juge les plus importantes pour l’avenir ? Exemple ici avec plusieurs configurations astrologiques qui n’ont pas été « négligées » par E.T. , mais sont bien passées totalement inaperçues au milieu de toutes les autres malgré leur importance. Par exemple, « l’extraordinaire dissonance de Neptune – unique dans son existence ! ».

 

Quand les configurations « rares » sont nombreuses…

La défense d’Elizabeth Teissier permet de rappeler un autre biais technique de la pratique de l’astrologie en général. Cette dernière invoque plusieurs fois en effet, en s’en émerveillant, des configurations astrologiques rares (« tous les 84 ans » par exemple). Mais nous répétons régulièrement que les astres et paramètres de l’astrologie sont si nombreux que les configurations effectivement rares dans le temps sont au final… très nombreuses. Résultat : il y a très souvent des configurations très rares du simple fait qu’elles sont nombreuses… En somme, la rareté d’une configuration ne devrait plus être un critère d’interprétation.

Ainsi le passage (conjonction) d’Uranus sur la position natale de la Lune cité par E.T. (et Audray Gaillard) se fait-il bien tous les 84 ans, mais… son passage sur le Soleil natal aussi, tout comme les passages sur les positions natales de Mercure, Vénus, Mars, Jupiter, Saturne, etc. Au final, sachant aussi qu’il y a d’autres points clés dans le thème de naissance, et d’autres zones clés aussi (Ascendant, Milieu du Ciel, changement de signe, changement de maison, etc), on imagine combien de conjonctions astrologiques « rares » il y a, rien que par Uranus. Or, il faut ajouter à ces conjonctions, tous les aspects astrologiques intermédiaires (7 majeurs, voire quelques mineurs) générés tout aussi rarement par le mouvement de cette planète dans le zodiaque tropique. Nous sommes alors aux alentours de 100 configurations astrologiques rares pour Uranus sur… 84 ans, soit plus d’une configuration astrologique « rare » par an en moyenne. On comprendra pourquoi il n’est pas vraiment naturel d’invoquer, ou de considérer, que de telles configurations astrologiques sont vraiment « rares ». Elles le sont peut-être plus par enthousiasme, et peut-être parfois un peu par anthropocentrisme, c'est-à-dire lorsque l’on considère la situation particulière étudiée comme déconnectée du temps et du monde. Comme s’il n’y avait pas vraiment d’autres configurations astrologiques les autres jours, alors que du point de vue des probabilités, nous avons là un biais d’interprétation commun, déjà dénoncé par d’autres. Il faudrait voir la chose à l’envers, et se dire que puisqu’Uranus génère chaque année de telles configurations rares, et que chacune d’entre elles dure plusieurs mois2, il est tout simplement normal que des événements de toutes sortes se produisent aux moments des TRES nombreuses configurations astrologiques générées par les mouvements d’Uranus.

 

Mais nous pouvons accentuer encore la perspective en remarquant que sur un thème, les configurations astrologiques d’Uranus sont elles aussi des configurations particulières parmi toutes celles, rares, produites par les mouvements des planètes lentes de l’astrologie. En effet, il y a tout autant de configurations rares générées par les mouvements de Saturne « tous les 30 ans » ou presque ; et encore autant générées par les mouvements de Neptune « tous les 164 ans » (donc « une fois dans l’existence »), idem pour Pluton dont les configurations se reproduisent « tous les 248 ans ». Dans une certaine mesure on peut même ajouter les passages de Jupiter « tous les 12 ans ». On l’aura compris : les configurations rares de l’astrologie se comptent par centaines. Et même bien plus, car les classements de l’astrologie sont bien plus nombreux que ceux (les plus courants) référencés ici.

On en profitera donc, tant qu’on y est, pour rappeler qu’il existe encore d’autres types de configurations astrologiques tout aussi « rares » comme une triple conjonction, une quadruple, etc.

En cela, on peut voir que les configurations « rares » de l’astrologie se produisent couramment (plusieurs centaines ou milliers qui s’entrecroisent en permanence). Et ce n’est là qu’un des nombreux effets du hasard générés par un système technique très complexe. L’astrologue Elizabeth Teissier parle d’ailleurs de « diabolique complexité de l’art royal des astres ». On regrettera qu’elle le fasse sans jamais envisager aucune des limites que cela devrait imposer à toute personne prudente. Serait-il surprenant qu’une complexité si diabolique trompe parfois l’utilisateur du système ?

 

La preuve par le risque démesuré

On regrettera aussi que la prédiction-prévision finalement superficielle et ratée de fin 2010 soit remplacée maintenant par une nouvelle annonce tonitruante présentée en lettres majuscules : « MON PRONOSTIC [qu’on ne lui a pas demandé, pourquoi toujours tenter de « prévoir » ???] : UN ACQUITTEMENT ou UNE RAHABILITATION POUR CLORE UN CAUCHEMAR ? ». Encore une fois on voit ici le décalage entre le regard de l’astrologue et celui des non-initiés : contrairement à tout un chacun en effet, que sa prédiction-prévision rate ou non n’aura aucune conséquence sur la croyance de l’astrologue, les raisons de l’échec sont déjà toutes prêtes. « Tout le monde a le droit de se tromper », « l’astrologie n’est pas une science exacte », « Mea culpa », « j’aurais pu approfondir un peu plus », etc. Mais du point de vue du grand-public et pour les passionnés d’astrologie, ce sera un nouveau camouflet non « pour Elizabeth Teissier » mais « pour l’astrologie ».

E.T. avait pourtant déjà péché avec l’Euro 2008 en ne prenant pas le temps de quelques précautions méthodologiques de base expliquées ici. On ne peut que constater la reproduction de l’erreur par précipitation. C’est pourquoi on ne comprend toujours pas cette nouvelle excuse selon laquelle « je n’avais pas alors le temps de me livrer à une analyse en profondeur » : pourquoi avoir été alors aussi affirmative ??? Et puis, si l’année de DSK avait effectivement été « géniale », voit-on que la prédiction aurait du être rejetée quand-même puisqu’elle n’était pas sérieuse ?

L’erreur qui amène à ce genre de déclaration publique dont E.T. est familière, au-delà de la question narcissique, est la suivante : elle aime prendre des risques parce qu’elle croit encore que des réussites spectaculaires convaincront de la véracité de l’astrologie malgré tous les échecs retentissants des dernières dizaines d’années. C’est pourquoi plutôt que de la féliciter de prendre le risque de prévoir que DSK « fêtera Noël libre et réhabilité », on regrettera qu’E.T. engage une fois de plus par ses propos, toute la communauté astrologique.

 

Prévision a priori et prévision a posteriori

Il n’empêche que nous avons là l’exemple d’un nouveau biais pratique de la prévision-prédiction astrologique : l’astrologue n’est jamais plus précis, voire meilleur que quand « il prédit au présent », c'est-à-dire PENDANT le déroulement d’une situation en cours. En effet, il y a une grande différence entre prévoir la situation actuelle de DSK il y a un ou deux ans (sans presque aucune information), et prévoir son avenir pour les mois qui arrivent en connaissant ses problèmes actuels. La prédiction-prévision se formule alors en des termes bien plus précis au fur et à mesure que l’on est plus proche de l’événement. L’astrologue a de plus en plus d’informations à sa disposition, et on comprendra qu’il ou elle prend moins de risques à prévoir à courts termes plutôt que des mois ou des années auparavant.

Il ne se trouve plus dans une situation où c’est à lui d’envisager s’il se passera quelque chose plutôt que rien, dans quel domaine, et, s’il se passe bien quelque chose, si un impact attendu comme positif verra un changement positif d’une situation ou seulement une bouée pendant une situation de crise. Elizabeth Teissier affirme même que « en astrologie les extrêmes se touchent », à savoir que l’on ne peut pas forcément distinguer l’extraordinairement bon de l’extraordinairement mauvais. « La mise en vedette » est en effet ce qui resterait aujourd’hui de commun entre ce qu’elle avait prédit fin décembre 2010 et ce qui vient d’arriver à DSK. Mais pourquoi alors continuer de faire des paris sur l’avenir aussi affirmatifs quand il faudrait rester suffisamment prudent, ou… ne pas prévoir du tout ? C’est un peu le conseil que suggère l’astrologue Anne Vilano interrogée au même moment fin décembre 2010 sur l’avenir de DSK. D’un point de vue déontologique, ne serait-il pas plus sain de s’abstenir de prévoir ? L’astrologie est-elle seulement un jeu people ?

En prévoyant par contre, au présent, c'est-à-dire pendant le déroulement d’une situation (comme la plupart du temps en consultation, d’où probablement la raison première de bien des succès), l’astrologue a devant lui un nombre de possibilités bien plus restreint, et la raison joue alors son rôle à plein. Une prédiction-prévision au présent est en fait une interprétation a posteriori… Elle ne devrait pas avoir le même statut que les autres prédictions-prévisions dans les défenses de l’astrologie. Notamment dans les bilans des prédictions-prévisions « réussies ». Ceci est illustré par la prédiction floue d’Audray Gaillard citée plus haut sur de futures responsabilités à l’échelle européenne pour DSK. Celles-ci s’opposent clairement à une interprétation plus récente de la même astrologue expliquant que c’est la fin de carrière de DSK qui vient d’avoir lieu. N’y a-t-il pas encore une fois des leçons à tirer de ces erreurs ?

 

Ne plus prévoir l’évidence…

En termes de prévisions-prédictions au présent justement, quel est l’intérêt pour E.T. « d’oser » parier sur le fait que DSK sortira « de prison en liberté sous caution », voire « muni de son bracelet électronique » ? On comprendra au passage qu’une prévision astrologique si précise était impossible il y a un an, et même il y a un mois ! Ses moyens financiers lui permettant de s’adjoindre les services des meilleurs avocats, sa position de directeur du FMI, et l’absence d’aveux et de preuves indiscutables de l’agression, permettaient de l’envisager sans l’astrologie. Certains journalistes l’avaient déjà fait d’ailleurs. On voit bien qu’il n’y a d’astrologique ici que l’interprétation d’informations déjà disponibles dans la presse à propos du système judiciaire américain.

De même, on trouvera extraordinaire d’oser écrire (au moment où la procédure contre DSK semble lancée pour de longs mois et a pris de suite les proportions que l’on connaît) que « Le scandale risque donc de coller aux semelles de DSK sur de longs mois ». Le « donc » proviendrait en effet seulement de la mauvaise configuration astrologique générée par le mouvement de Neptune !

Nouveau biais pratique de ce genre d’exercice prévisionnel, il faut éviter de prévoir astrologiquement l’évidence puisque… ce n’est plus une prévision astrologique. Nous l’avions déjà signalé à propos de l’élection présidentielle2 : en 2007 il était inutile, voire ridicule, de tenter de prévoir le résultat du 2nd tour une fois le résultat du premier tour connu. Les sondages prévoyant un résultat proche de 50% des suffrages pour le vainqueur, il y avait à peu de choses prêt la même prise de risque qu’un tirage au sort à pile ou face… En quoi y a-t-il là un biais pratique pour l’astrologie ? En ce qui concerne le cas présent au moins, si la prévision que l’affaire DSK va durer des mois provient seulement du fait que l’arsenal judiciaire américain vient de se mettre en branle et que l’on voit mal DSK plaider coupable, il reste que l’on pourra toujours affirmer dans dix ans (une fois les détails présents oubliés) que ce sont « les configurations astrologiques » qui avaient permis cette prédiction ! Combien de pseudo-prévisions astrologiques « réussies » sont-elles entachées du même biais qui consiste à aller confirmer dans les configurations astrologiques ce qui n’est pas d’origine astrologique avant d’en attribuer toute la gloire… à l’astrologie ? On regrettera encore que les astrologues ne fassent pas le tri dans leurs prédictions-prévisions « réussies » entre celles recevables et celles non recevables.

Un dernier exemple : lorsque l’on sait que si l’affaire ne tombe pas brusquement à l’eau (la plainte pourrait être retirée) bien des choses vont se jouer sur le plan judiciaire dans les 6 prochains mois, soit d’ici le mois de novembre, quelle est la probabilité de cette autre prédiction-prévision faite par E.T. fin mai : « août septembre sera une phase critique pour DSK » ??? Prévoir une période « critique » de 2 mois sur les 6 qui viennent, c’est avoir une chance sur 3 de « réussir », pour ne pas dire 100% de chance si tous les mois sont critiques pour lui d’ici novembre. De même qu’il faut arrêter de prévoir l’évidence (puisque ce n’est plus alors de la prévision), il faudrait arrêter aussi de prévoir le probable.

 

Mais, pourrait-on nous rétorquer, si les prédictions ratées sont si nombreuses, pourquoi ce genre de mauvaise défense de l’astrologie n’est-elle pas plus courante ? Tout simplement parce que contrairement à l’immense majorité des cas, cette fois-ci l’erreur a fait le tour des médias. Il fallait donc répondre quand habituellement personne ne prend le temps de suivre les myriades de prédictions astrologiques d’un auteur, et surtout, de tous les astrologues amateurs et professionnels. Qui se souvient encore par exemple, et cela nous fait bien rire, de cet horoscope pour l’année 2011 prévoyant pour les Taureaux (le signe astrologique de DSK) « C’est le second signe le plus chanceux de l’année. (…) Amour : c’est l’année à ne manquer sous aucun prétexte ! (…) Travail : l’année 2011 est un excellent cru si vous souhaitez avoir une promotion, une prime ou même une récompense honorifique ».

 

Serge BRET-MOREL
Mis en ligne le 4 juin 2011

 

 

1.      Par exemple Faut-il rénover la critique de l’astrologie ? ; Crise boursière : et si l’astrologie… n’y était pour rien ? ; Que faire des prédictions astrologiques justes mais irrecevables ? ; Sur les coulisses astrologiques de la présidentielle ; Intermède : Elizabeth Teissier réagit à notre texte (Science et Pseudosciences N°287 spécial astrologie)

2.      Avec 360° parcourus en moyenne en 84 ans, Uranus se déplace de 4° par an en moyenne. Or, l’orbe d’existence de chaque configuration astrologique est supérieur à ces 4°… voire très supérieur (pour certains astrologues, une conjonction peut s’étendre sur près de 24° !).