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Astrologie, astronomie et arts-divinatoires
dans la série Harry Potter
(JK Rowling a-t-elle pratiqué l’astrologie ?)
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Une étrange mise en vente…
Le
site anglais paulfrasercollectibles.com, spécialisé dans les transactions
d’objets de collection, annonce la surprenante mise en vente1 d’un
horoscope manuscrit portant la signature de… JK Rowling, l’auteur de la fameuse
saga Harry Potter. Toutefois, cet horoscope n’est pas un ensemble de prédictions
pour la journée ou la semaine, mais bien la rédaction manuscrite en une douzaine
de pages, des « potentialités » ressortant du thème astral d’un enfant, Jack
David, né le 19 février 1994 à 17h01. Cet exercice ayant probablement été
réalisé peu après la naissance du bébé, dont JK Rowling avait connu les parents
à la sortie de l’école, toutes les descriptions sont faites au futur, d’où une
présentation sous forme, malgré tout, de prédictions. Ainsi, l’horoscope
précise-t-il par exemple que Jack aimera l’école et sera peut-être
sujet aux accidents (comme tous les Poissons), pourrait être sujet à
l’alcoolisme, et pourrait (peut-être comme chacun d’entre nous), tomber vraiment
amoureux de quelqu’un de totalement incompatible [avec lui]. Indice amusant
avec le recul : JK Rowling ne semble pas encore envisager les succès qui
l’attendent. Elle espère en effet que le jeune Jack David, peut-être devenu
célèbre et fortuné, aura une pensée pour l’auteur de cet horoscope, par
exemple lors d’un discours de récompense. Il pourrait alors dire à tous qu’une
personne bizarre que ma mère connaissait, prédit un jour que je me tiendrais là
devant vous aujourd’hui… bien entendu, mes parents en rirent sur
l’instant2.
Alors ?
JK Rowling a-t-elle pratiqué l’astrologie, ne serait-ce qu’en amateur ? A
l’occasion de la sortie du dernier tome des aventures de Harry Potter, elle
déclarait en novembre 2007 au journal néerlandais Volkskrant3 Nous
contrôlons nos vies. Le libre arbitre est très puissant. Ce que j’écris sur le
professeur Trelawney, qui enseigne si mal la Divination, montre ce que je pense
du destin. J’ai fait beaucoup de recherches sur l’astrologie pour ce personnage.
C’était très drôle, mais je n’y crois pas du tout.
L’affaire a donc de quoi
surprendre. Peut-on, par jeu, rédiger douze pages sur l’avenir astrologique d’un
enfant, puis les remettre aux parents en s’impliquant au point de joindre au
texte, plusieurs illustrations réalisées à la main ? A cette occasion, nous
sommes retournés dans le texte des sept tomes de la saga Harry Potter, et y
avons recherché les différentes références tant à l’astrologie qu’à d’autres
sujets connexes. En préalable à toute conjecture, on gardera bien sûr à l’esprit
que l’intrigue se déroule dans le monde de la magie, un monde où les sorciers
côtoient au quotidien les fantômes, les géants, et autres centaures. Il ne
faudra donc pas prendre à la lettre les déclarations des personnages, même si
certaines sont parfois très catégoriques...
Tomes 1-2-3, premières courtes références
 Dans
le premier tome de la série, Harry Potter à l’école des sorciers, on
apprend que les futurs élèves de Poudlard, l’école de magie, y sont inscrits,
non pas quelques semaines avant la rentrée mais bien… dès leur naissance
(T1 chap 4). Parmi d’autres fournitures scolaires
(T1 chap 5) il est demandé aux élèves, un
télescope (plus tard, ce sera une boule de cristal), et seule l’astronomie est
mentionnée de façon rudimentaire dans le premier opus. Toutefois, quand Harry
rencontre pour la première fois les Centaures de la forêt interdite, il apprend
sans référence explicite à l’astrologie, qu’ils passent leur temps à regarder
les étoiles (T1 chap 15) tout en gardant
farouchement leurs secrets. Les Centaures en effet, lisent dans le mouvement
des planètes ce qui doit arriver, et se soumettent aux décrets du destin
(T1 chap 15). Mais s’ils ont lu le retour du
terrible Voldemort, ils ont peut-être vu aussi la mort de Harry, certains
reconnaissent qu’il arrive qu’on se trompe en lisant le destin dans
les planètes (T1 chap 15). Cette phrase est à
l’image de l’interview de Rowling et des autres tomes de la série : il est
possible que des choses soient déjà écrites, mais pas nécessairement à l’encre
indélébile… Il n’y a pas d’autre référence réelle à l’astrologie dans le premier
tome, et aucun détail technique, contrairement à ce que l’on va trouver dans les
tomes suivants. On notera d’ailleurs avec étonnement qu’Hermione cite dans ce
premier tome, et presque mots pour mots, une phrase que le professeur McGonagall
prononcera seulement… au début du 3ème tome ! La bonne aventure
(…) est une branche très douteuse de la Magie
(T1 chap 15) ; la Divination est l’une des
branches les plus nébuleuses de la Magie (T3
chap 6). Ce petit raté (les arts divinatoires
n’apparaissent pas dans le 1er tome) signifierait-il que JK Rowling
avait initialement prévu d’accorder plus de place à ce sujet dans le premier
volume de la série ? Ce serait en tout cas cohérent avec la date de rédaction de
l’horoscope cité plus haut : la parution du premier livre de la saga a lieu en
1997 (1998 en France, JK y recevra même la légion d’honneur4-5 le 3
février 2009, on trouvera un lien vers la video en bas de page), mais le premier
opus est terminé dès 1995, et le personnage de Harry Potter apparut à l’esprit
de l’auteur dès 1990.
 Dans
le second tome, Harry Potter et la Chambre des Secrets, il n’y a pas, ou
presque, de références à l’astrologie, à l’astronomie, ou à un art divinatoire.
Ce n’est que dans le 3ème tome, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban,
qu’apparaît le fameux personnage du professeur Trelawney, cette si mauvaise
voyante ne prédisant que ce qui est probable et toujours… funeste. Elle enchaîne
aussi les poncifs (si 13 convives sont à table, la première qui se lève sera la
première à mourir… T3
chap 11). La Divination est en effet au programme de la 3ème
année (et des deux suivantes), et les élèves vont avoir à s’initier à la lecture
de la boule de cristal. Par la bouche de quelques personnages, JK Rowling se
fait alors un plaisir de commenter sans concessions ces pratiques. Elle rappelle
l’existence des coïncidences, de l’autosuggestion et de la suggestion par la
frayeur, de la modification par relecture des événements, des prédictions
simultanées d’un événement et de son contraire (T3 chap
6), et même des annonces d’événements déjà produits ou en cours. Au point
que l’intellectuelle Hermione décidera de mettre un terme à cette matière (T3
chap 15). Mais en parallèle, la très respectable professeur McGonagall
reconnaît qu’il y a des voyants véritables en ajoutant qu’ils sont
extrêmement rares (T3 chap 6). Le professeur
Trelawney réussira d’ailleurs une ou deux prophéties spectaculaires (dont ici,
les circonstances du futur retour de Voldemort), ce pourquoi le charismatique
directeur de l’école, Dumbledore, lui donnera un poste…

Tome 4, l’astrologie au programme de la 4ème année à
Poudlard…
C’est
dans Harry Potter et la Coupe de Feu que l’astrologie est au programme
des cours de 4ème année. Dans ce tome, le professeur Trelawney
(Sybille de son prénom…) va initier ses élèves à plusieurs pratiques
prévisionnelles, et nulle part n’est faite mention de l’astrologie la
personnalité. Selon elle, de mystérieux présages sont révélés exclusivement à
ceux capables de comprendre la chorégraphie de la danse céleste. On peut
connaître la destinée humaine en déchiffrant la façon dont les rayonnements
planétaires s’interpénètrent (T4 chap 13).
Mais pour Harry, le professeur Trelawney doit sa réputation de voyante à
quelques coups de chance dans ses prédictions et à son comportement
soigneusement étudié pour faire froid dans le dos
(T4 chap 13). Il est vrai que ce personnage caricatural a régulièrement
recours à divers astuces, dont l’argument d’autorité visant à discréditer ses
détracteurs plutôt que défendre ses pratiques (Troisième Œil que seuls de rares
privilégiés possèderaient, Hermione « manquant d’aura » (T3
chap 15), etc). Quand Ron et Harry auront
comme devoir de faire des prévisions pour le mois suivant, ils décideront
d’ailleurs qu’il est plus simple de revenir à la bonne vieille méthode de
divination sans peine, à savoir… tout inventer
(T4 chap 12). En imaginant les événements à venir
sur un ton noir, ils obtiendront même la note maximale à leur devoir
(T4 chap 13) !
Mais il est tout de même
étonnant de voir plusieurs personnages se référer tout au long du livre, à des
données techniques de l’astrologie très différentes (thème de naissance, aspects
et maisons astrologiques, dominante planétaire, etc). De voir aussi que JK
Rowling ne se mélange jamais dans les symbolismes astrologiques des planètes, et
ne commet pas non plus l’erreur d’y mêler les étoiles alors que bien d’autres
auteurs (même critiques) tombent dans ce piège : pour prévoir, ses personnages
ne se réfèrent qu’aux planètes (Mars, Saturne, Mercure, Vénus, Neptune, Pluton,
voire Jupiter) et à la Lune, jamais au Soleil, tout comme les astrologues.
Lorsque Ron et Harry font leurs devoirs
d’astrologie, ils utilisent aussi les éphémérides tout comme le faisaient les
astrologues avant l’essor de l’informatique aux alentours des années 2.000,
c'est-à-dire à la main. Pour déterminer les positions des astres dans le ciel à
un moment particulier, il fallait en effet parcourir les éphémérides
astronomiques, puis tenir compte de plusieurs facteurs assez complexes pour en
déduire les configurations astrologiques en présence, ceci avant de les placer
en les dessinant à la main, sur un zodiaque astrologique. JK Rowling semble donc
s’être bien documentée sur le sujet, pour ne pas dire plus… car si l’on se
réfère à la description du thème astral établi à la main, vers 1994, on retrouve
bien ce qui est décrit pour les devoirs astrologiques de Ron et Harry
(T4 chap 13).
Il n’empêche que dans ce
quatrième tome, l’astrologie n’est jamais présentée ni sérieusement, ni
positivement, elle fait plutôt office de distraction pour le lecteur, nous
sommes dans le monde merveilleux de Harry Potter. Toutefois, la très critique
Hermione ne rejette pas pour autant tout ce que nous concevons comme art
divinatoire. Elle est ainsi passionnée de numérologie, et dans le Tome 5,
heureuse même que soit enfin publiée La nouvelle théorie de la Numérologie
(T5 chap 23), comme si cette discipline était
moins vague que la divination en général... Elle étudie aussi avec bonheur les
runes, l’arithmancie, et considère comme bien plus rigoureuses, ces disciplines
mêlant chiffres et symboles pour interpréter les événements.
Tome 5 : L’astronomie au programme
Le
tome cinq des aventures de Harry Potter, Harry Potter et l’Ordre du Phénix,
avait été accueilli par tous comme le tome le plus noir de la série. Harry
devient plus mature et se heurte à quelques réalités de la vie d’adulte (le
décès d’un proche, le harcèlement, etc). Ce sera aussi le dernier tome dans
lequel on trouvera des passages consacrés aux arts divinatoires. Il faut croire
que les deux derniers tomes voyant se dérouler des événements d’une bien plus
grande gravité, ne seront pas propices à l’interprétation par les arts
divinatoires. On a donc du mal à voir ici une croyance astrologique de Rowling,
sauf contraintes de l’éditeur ou crainte d’influer trop sur les idées du jeune
lecteur. C’est l’interprétation des rêves qui est maintenant au programme de
Divination pour les élèves de cinquième année, et Harry aura tout au long du
livre à côtoyer Voldemort justement, dans ses rêves. C’est aussi l’année pendant
laquelle on trouve le plus de références à l’astronomie, des événements
dramatiques se produisant même pendant l’examen (nocturne !) de fin d’année
(T5 chap 31). C’est donc l’occasion de nous
demander si parallèlement à l’astrologie, JK Rowling a touché à l’astronomie,
l’intérêt pour la première poussant toujours à un minimum d’intérêt pour la
seconde (la réciproque étant fausse…). Il faut donc noter que les deux
disciplines sont bien distinguées par l’auteur, au point qu’elles sont
enseignées par deux professeurs différents. Ainsi, ce n’est pas le professeur Trelawney qui enseigne l’astronomie, mais un professeur au patronyme pour le
moins étrange, Sinistra, personnage sur lequel Rowling ne dit absolument
rien, mais donne tout de même le prénom (Aurora) sur son site officiel.
Est-ce
un hasard ? Sinistra est le nom d’une étoile de la constellation du…
Serpentaire, si chère aux astronomes quand il s’agit de critiquer l’astrologie
par le biais de la fameuse précession des équinoxes. L’astronomie ou quelques
scientifiques auraient-ils paru quelque peu austères et sans magie à JK Rowling ?
Il
est vrai que les cours et les devoirs d’astronomie semblent se résumer à de
simples leçons où règne la loi du par cœur. Les élèves apprennent ainsi les noms
des planètes et de leurs satellites, ainsi que quelques descriptions, ou encore
à les positionner dans les constellations (dont il faut apprendre aussi et les
noms et les étoiles qui les composent (T5 chap 31)).
Mais jamais les élèves ne semblent être instruits sur l’histoire de l’astronomie
(si propice pourtant, à l’émerveillement…), ou même la physique de l’astronomie,
c'est-à-dire l’astrophysique. Ni la gravitation, ni la composition des corps
n’est évoquée, ce qui au passage, aurait pu donner lieu à quelques passages
croustillants vis-à-vis de l’astrologie, si les deux professeurs d’Astronomie et
de Divination s’étaient par exemple, rencontrées au repas de Noël (T3
chap 11)… L’astronomie qui nous est présentée est
une astronomie d’observation où l’on se contente essentiellement de repérer et
de regarder le spectacle des mouvements des corps sur la voûte céleste, ce qui
est utile à l’astrologie certes, mais sans se demander vraiment le pourquoi et
le comment d’un tel agencement. A ce propos, l’examen de fin d’année
(T5 chap 31) est pour le moins surprenant
puisqu’il est demandé aux élèves d’utiliser leurs télescopes pour repérer des
planètes… visibles à l’œil nu. Ou pour pointer des constellations alors qu’un
télescope grossit tellement qu’il n’offre au regard qu’un tout petit champ
d’observation du ciel. Il faut conclure que JK Rowling a été plus pointue, mieux
« documentée » sur l’astrologie, pour reprendre ses propres termes, que sur
l’astronomie.
Un
événement de ce 5ème tome nous concerne plus directement, puisque le
professeur Trelawney se fait exclure de l’école de Poudlard pour incompétence,
et se voit remplacée par le Centaure Firenze (T5 chap
26-27), celui qui vers la fin du premier tome, avait décrit les croyances
de son espèce en un lien entre les mouvements des planètes et les événements
terrestres. A l’occasion de ce remplacement, Firenze dira tout le mal qu’il
pense de l’astrologie de Trelawney et présentera les grandes lignes (seulement) de son astrologie.
On
peut noter que patronyme Firenze renvoie à la ville de Florence, ville dans
laquelle vécut Galilée, le premier observateur assidu des astres à la lunette
qui remit en question les certitudes millénaires de l’astronomie antique… Dans
sa classe, devenue planétarium pour l’occasion, Firenze explique que dans ce
ciel est écrite, pour ceux qui savent lire, la destinée de nos espèces,
et qu’il est possible d’avoir un aperçu de l’avenir dans le
mouvement des planètes (T5 chap 27). Mais
l’astrologie nombriliste et fataliste de Trelawney est pour lui, l’illustration
parfaite des sottises que racontent les humains
(T5 chap 27), capables de croire que de si majestueux mouvement
pourraient renseigner sur ces petites blessures, ces minuscules accidents que
subissent les hommes au quotidien (T5 chap 27).
Ces derniers ne sont que des fourmis pour l’univers, dont le
grouillement ne le concerne pas directement et n’est donc en rien affecté
par les mouvements des planètes. L’astrologie ne doit pas servir à dire
la bonne aventure, mais concerner le plan collectif : Mars, messager des
batailles, annonce ainsi la reprise prochaine des hostilités en brillant
de tous ses feux au-dessus de nos têtes (T5 chap 27).
Mais Firenze ajoute aussi qu’il est idiot d’accorder trop de foi à ces
choses-là, car les Centaures eux-mêmes se trompent parfois dans
leurs interprétations (T5 chap 27). Ce sera
là, le dernier passage de la série consacré à l’astrologie, comme on l’a écrit
plus haut, les deux derniers tomes ne laisseront pas de place aux arts
divinatoires.
Tomes 6 et 7 : les arts-divinatoires disparaissent…
 C’est
dans ce cinquième tome enfin, que l’on apprend l’existence d’une prophétie
réalisée peu avant la naissance de Harry, par une Trelawney en transe. Cette
prophétie est à l’origine, et va même déclencher, toute la série des événements
composant la saga Harry Potter. On appréciera le paradoxe ouvertement amené par
Rowling elle-même : la prophétie en est-elle bien une ou est-elle seulement
auto-réalisatrice ? Hermione finira tout de même par admettre qu’il est possible
de faire de véritables prophéties (T5 chap 38)
tout en conservant son avis critique vis-à-vis de l’astrologie et de la voyance.
Le tome cinq voit d’ailleurs Ron rater son examen de Divination : lorsqu’il
avait décrit en détail un homme laid avec une verrue sur le nez qu’il voyait
dans sa boule de cristal, il ne s’était pas rendu compte qu’il était en train de
décrire le reflet de… son examinateur !
Comme on l’a écrit plus haut,
les deux derniers tomes sont à peu près vides de toute référence prononcée aux
arts divinatoires, alors que de par les événements dramatiques qui vont s’y
dérouler, il aurait été très facile de les voir y jouer un rôle. Dans le sixième
tome, Harry Potter et le Prince de Sang-Mêlé, on ne verra que le
professeur Trelawney (maintenant accompagnée de sa bouteille de vin, et
continuant de partagear l’enseignement de la Divination avec le centaure
Firenze), tirant les piques à répétition à l’aide d’un jeu traditionnel de 54
cartes : les terribles événements à venir y sont bien sûr annoncés
(T6 chap 10)…
On le voit donc, la question
astrologique est très régulièrement évoquée dans les cinq premiers tomes de la
série Harry Potter, mais occupe une place nulle ou quasi nulle dans l’intrigue
générale. Il reste quand-même étonnant de constater la présence de références
techniquement si différentes à une vieille astrologie hyper-fataliste qui ne
traite que des événements et pas encore vraiment de l’intériorité de
l’individu : JK Rowling ne fait jamais de grosse faute d’interprétation. Il faut
donc conclure qu’elle a touché à l’astrologie, ce que confirmerait l’horoscope
de naissance mis en vente sur le site de Paul Fraser, ou bien qu’elle s’est
très bien documentée sur le sujet, comme elle le dit elle-même. Il se peut
aussi qu’elle ait puisé ici et là dans quelques livres d’astrologie grand-public
ce dont elle avait besoin, tout en ne s’autorisant jamais la moindre
improvisation. A moins encore, qu’elle ait eu l’avis d’un(e) astrologue, qui
sait ? Dans tous les cas, le panorama général de l’astrologie qui est donné dans
ces livres, est celui très politiquement correct d’un conte pour enfants, où le
merveilleux est accompagné de conseils de prudence. Il s’insère très
naturellement dans l’atmosphère merveilleuse d’un monde où les lois naturelles
sont régulièrement violées grâce à la Magie, la « bonne » astrologie des
Centaures permettant des présages plus que des prévisions : de grandes batailles
sont ainsi annoncées, sans pour autant être datées. De plus, dès que
l’astrologie devient trop précise, trop appliquée, par le biais du professeur
Trelawney, elle se heurte systématiquement à la
critique ou à la mise en perspective : la pratique ne pourra pas être
intéressante tant qu’elle n’inclura pas certaines prudences méthodologiques
relevant du simple bon sens. Il n’est donc pas évident, d’après le contenu
direct des textes, de voir en l’astrologie qui y est présentée, autre chose que
l’un des ingrédients habituels des contes fantastiques, auquel JK Rowling ajoute
un regard critique, mais non inquisiteur. La voyance y subit le même
traitement : il est possible de prévoir, mais la plupart des pratiques sont
désuètes. La numérologie, l’arithmancie, les runes, ne sont quant à elles
évoquées, mais jamais décrites, bien que l'on voie régulièrement Hermione défendre leur pertinence. Il
est surprenant d’ailleurs, de voir qu’elles ne sont pas enseignées en cours de
Divination, mais dans une matière différente. Tout comme l’astronomie donc, dont
le volet plus rationnel est clairement distingué au point peut-être que le
professeur est nommé Sinistra. Si la racine latine de ce patronyme
signifie favorable, de bon augure, il se trouve que la racine grecque
signifie au contraire défavorable, funeste6. Il n’est donc pas
évident de connaître les raisons du choix d’un tel patronyme, d’autant plus,
comme on l’a déjà signalé, que Sinistra est une étoile de la constellation du
Serpentaire, clé des débats entre sceptiques et astrologues. Dans tous les cas,
l’interprétation première dans l’esprit d’un enfant non emprunt d’étymologie,
sera tout simplement celle de sinistre, ce pourquoi il est naturel de
s’orienter dans cette direction. Enfin, il faut mettre en avant le fait que
toutes les disciplines des arts divinatoires classiques sont absentes des deux
derniers tomes, quand les événements dramatiques commencent vraiment, lorsque
les enfants sont confrontés à des choix d’adultes.
Quelques inspirations astrologiques de Rowling ?
Pourtant,
pourtant… des astrologues ont déjà remarqué aussi, les similitudes entre les
symbolismes des 4 maisons de l’école Poudlard et ceux des 4 éléments de
l’astrologie. Ainsi est-il possible de faire un parallèle entre la maison
Gryffondor et l’élément Feu (courage, force, hardiesse, action primant trop
souvent sur la réflexion, etc). Entre la maison Poufsouffle et l’élément Terre
(les travailleurs, les patients, sont dans cette maison d’après le Choixpeau
magique (T1 chap7).Entre la
maison Serdaigle et l’élément Air (les sages, les réfléchis y sont, ces
érudits qui ont envie de tout connaître). Et entre la maison Serpentard
et l’élément Eau (mais plus exactement avec le Scorpion, où sont mises en avant
les valeurs de la roublardise, de la ruse, de l’égocentrisme, de la
passion dévorante, de l’ambition malsaine, de la fascination pour le mal, etc).
Mais à propos de ces quatre catégories issues de la philosophie Grecque,
intégrées ensuite par l’astrologie, et longtemps utilisées par les hommes avant
la révolution scientifique, il faut rappeler qu’elles permettent d’abord de
distinguer les individus en quatre catégories communes, limitées, mais encore
très intuitives, donc répandues : le concret, l’intellectuel, l’émotionnel,
l’action. Ce n’est donc pas forcément dans l’astrologie que JK Rowling en a
trouvé l’idée, même si elle résonne à l’oreille du passionné d’astrologie.
Et
puis, faut-il ou non s’étonner de l’existence et du choix des dates de naissance
de la plupart des principaux personnages de la série, dont les personnalités
semblent si bien
concorder avec les symbolismes astrologiques correspondants ? Quel intérêt
d’ailleurs, de donner des dates de naissances à tant de personnages7 ?
Harry Potter, né le 31 juillet (le jour de naissance de JK Rowling…) manifeste
bien des traits proches du symbolisme du Lion (grandeur du personnage et de ses
valeurs, respect et notoriété inspirés à tous par ses actes, son courage, mais
aussi revendication d’une vie privée ;
 soupçon d’orgueil) tout en gardant son
libre-arbitre (si cher à JK Rowling) en refusant toujours de céder aux sirènes
du pouvoir.
Mais l'intellectuelle Hermione est du signe de la Vierge
dont le symbolisme est emprunt d'une méticulosité presque maladive, d’une grande
sensibilité au détail. Les natifs de ce signe sont aussi présentés comme
rationnalisant les choses à outrance, au risque d’en perdre le sens des
réalités, voire de certaines valeurs plus… humaines. Hermione est heureusement
plus psychologue, doit-on voir là un
autre résultat du libre arbitre attribué par JK Rowling à ses personnages ?
Ron quant à lui, serait du signe des Poissons dont le symbolisme astrologique est emprunt de
naïveté, de rêveries, de maladresse, il n’est pas un guerrier… Mais Voldemort
serait lui, né un... 31 décembre, et on s’attendait plutôt, il est vrai, à le
trouver du signe du Scorpion. Mais il est du Capricorne, cette bête à cornes
ayant tendance à refouler ses émotions (ce qui causera ici, sa perte) au profit
d’une ambition
résolument
dévorante et… assumée. D’ailleurs, on retrouve Rogue, l’autre personnage de la
série aussi
agréable que Voldemort, du signe du… Capricorne lui aussi (9 janvier).

Mais si l’astrologie avait pris
autant de place dans l’esprit de la jeune JK Rowling établissant la
psychologie de ses personnages, n’aurait-elle pas attribué aussi une date de
naissance à Sirius, le parrain de Harry ? N’aurait-elle pas fait justement d’un
Voldemort, d’un Rogue ou d’un Drago Malfoy (Gémeaux
à deux visages dont finalement, la face la plus pure l’emportera), des Scorpions ? Et
pourquoi faire du professeur McGonagall, emprunte de rigueur et pas vraiment
portée sur les arts ou les apparences, une Balance ?
Dumbledore enfin, le personnage
peut-être le plus charismatique de la saga, n’a même pas de date de naissance
certaine, on apprend juste qu’il serait né en été (T7
chap18) (ceux qui voudraient aussi en faire un Lion sont servis)… Mais on
voit que les analogies astrologiques trouvent ici, leurs limites.
En conclusion…
Il est donc bien difficile de se prononcer sur la croyance en
l’astrologie ou non de l’auteur de la saga Harry Potter. Elle a déclaré
clairement et fermement ne pas y croire, et si ses références au sujet sont dans
les différents tomes, assez nombreuses, jamais elle ne va au-delà d’une vieille
astrologie événementielle et un peu démodée, désuète. Jamais non plus la donnée
astrologique n’intervient vraiment dans les intrigues. Le thème de naissance
évoqué plus haut, et sur la validité duquel l’auteur ne s’est pas encore
prononcée, est-il un faux ? Une erreur de jeunesse puisque rédigé dans une
période de disette, de solitude, et donc de doutes pour JK Rowling (début des
années 90) ? Le fruit d’une passion éphémère durant la période de gestation des
premiers tomes, abandonnée par la suite ? Les quelques lignes (sur douze pages)
accessibles sur le site paulfrasercollectibles.com laissent en tout cas
transparaître un minimum de connaissances techniques et symboliques de la
discipline astrologique, tout en restant très limitées. Y aurait-il eu alors, un
revirement intérieur ou une contrainte éditoriale ayant influé sur la place
consacrée finalement dans les romans, aux discussions sur l’astrologie ? On
pensera à ce propos, à la citation erronée dans le premier tome, d’une phrase
que le professeur McGonagall ne prononcera qu’au début du troisième,
mais qu’elle devait donc prononcer dans le premier tome...
Ou bien est-ce affaire de déontologie que de ne pas prendre le risque de laisser
induire en erreur les futurs jeunes lecteurs des aventures de Harry pas encore
suffisamment armés pour se construire un jugement critique ? En effet, et
contrairement à d’autres sujets, l’astrologie est un sujet encore brûlant
d’actualité dans les médias, les prévisions et les critiques y étant
omniprésentes. Il n’est donc pas anodin pour un auteur, d’évoquer astrologie,
que ce soit en bien ou en mal.
Il semble qu’aujourd’hui, on
ne puisse pas conclure avec certitude : la déclaration de JK Rowling au journal
néerlandais Volkskrant réfute-t-elle la validité du thème de naissance mis en
vente depuis quelques semaines, ou au contraire… ce document contredit-il
(met-il en perspective) la déclaration officielle de JK Rowling quant à la
question astrologique ?
Serge BRET-MOREL
le 3 septembre 2010
1
http://www.paulfrasercollectibles.com/section.asp?catid=73&docid=4039
2
http://www.paulfrasercollectibles.com/section.asp?catid=78&docid=1888
3
http://www.gazette-du-sorcier.com/Interview-de-J-K-Rowling-a-l,982
4 Partie 1
http://www.youtube.com/watch?v=8fWl__nfbc8&feature=related
5 Partie 2
http://www.youtube.com/watch?v=oA6djtxpqe0&feature=related
6
http://www.prima-elementa.fr/Dico-s04.html
7
http://fr.wikipedia.org/wiki/Chronologie_de_l%27univers_de_Harry_Potter
haut de la page
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